Les États-Unis veulent pousser l’Organisation des Nations unies à réduire son périmètre d’action et à concentrer davantage ses moyens sur ses missions fondatrices. Pour Washington, l’ONU s’est progressivement dispersée en multipliant les programmes, alors que son efficacité sur les questions de paix et de sécurité reste contestée. Une position qui intervient au moment même où l’organisation conduit sa propre réforme interne avec l’initiative UN80.
« Nous ramenons l’ONU à ses missions fondamentales : maintenir la paix et la sécurité. » La formule de l’ambassadeur américain auprès des Nations unies, Mike Waltz, résume la ligne défendue par Washington : une organisation moins coûteuse, plus resserrée et davantage concentrée sur les résultats.
Les États-Unis estiment que l’ONU a progressivement étendu son champ d’intervention au point de vouloir répondre simultanément aux crises sécuritaires, aux enjeux de développement, aux droits humains, au climat, à l’aide humanitaire ou encore aux nouvelles technologies. Pour Washington, cette multiplication des priorités s’est accompagnée d’une augmentation des dépenses sans amélioration équivalente de la sécurité internationale.
Une conception plus étroite du rôle de l’ONU
Le débat dépasse cependant la seule question budgétaire. Le budget ordinaire approuvé pour 2026 s’élève à 3,45 milliards de dollars, soit environ 7 % de moins que celui de 2025. Il finance les trois grands piliers de l’organisation : paix et sécurité, développement durable et droits humains. Le budget des opérations de maintien de la paix est comptabilisé séparément.
En demandant de privilégier davantage la paix et la sécurité, Washington pose donc implicitement la question du poids accordé aux autres missions.
Pour les Nations unies, ces domaines sont pourtant interdépendants. La pauvreté, les violations des droits humains, les déplacements de population ou les crises climatiques peuvent alimenter les conflits, tandis que l’absence de sécurité compromet le développement. Réduire fortement l’un de ces piliers pourrait donc produire des conséquences sur les autres.
L’ONU se réforme déjà
La pression américaine intervient alors que le secrétaire général António Guterres a déjà engagé une profonde réforme du système onusien.
Lancée en mars 2025, l’initiative UN80 vise à réduire les doublons, rationaliser les structures administratives, améliorer l’évaluation des mandats et réorganiser certains programmes. Le projet ne se présente toutefois pas comme une simple cure d’austérité : l’objectif affiché est de rendre l’organisation plus cohérente et plus efficace sans abandonner les mandats décidés par les États membres.
Les premières mesures ont déjà entraîné plus de 500 millions de dollars de réductions dans les propositions budgétaires pour 2026, avec notamment la mutualisation de certains services administratifs et le transfert potentiel de fonctions vers des villes où les coûts sont moins élevés.
En avril, l’Assemblée générale a également adopté une résolution destinée à mieux encadrer la création, l’application et la révision des mandats afin de limiter la fragmentation et les chevauchements entre programmes.
Derrière les économies, un choix politique
La divergence entre Washington et le secrétariat de l’ONU porte donc moins sur la nécessité de réformer que sur l’ampleur et la finalité de cette réforme.
Les États-Unis défendent un recentrage plus radical sur les fonctions qu’ils considèrent comme essentielles. António Guterres cherche plutôt à rationaliser l’ensemble du système tout en préservant ses trois piliers traditionnels.
Cette distinction est fondamentale. Réduire les coûts peut relever d’une réforme administrative ; décider quelles missions doivent continuer à être financées relève, lui, d’un choix politique.
À mesure que les contraintes financières augmentent, ce débat devrait prendre davantage d’importance. Car derrière l’idée d’une ONU « plus économe » se pose désormais une question beaucoup plus sensible : quelle ONU les grandes puissances sont-elles encore disposées à financer ?
La Rédaction
Sources : Mission des États-Unis auprès des Nations unies ; Organisation des Nations unies ; initiative UN80.

