Depuis l’adoption en avril par le Congrès d’une loi menaçant l’avenir de TikTok aux États-Unis, le débat autour de la sécurité nationale et de la liberté d’expression s’intensifie. Accusée de permettre à Pékin de recueillir illégalement des données d’utilisateurs américains, la plateforme fait face à une échéance cruciale : si sa maison mère, ByteDance, ne vend pas TikTok avant le 19 janvier 2025, le réseau social sera interdit sur le sol américain. Promulguée par le président Joe Biden, cette loi est devenue un enjeu politique majeur, avec des avis partagés sur la nécessité de cette interdiction.
Donald Trump, ancien président et candidat républicain à la présidentielle de 2024, qui avait tenté d’interdire TikTok en 2020, a désormais changé de position. Il s’oppose à une interdiction et appelle même ses électeurs à voter pour lui s’ils veulent sauver la plateforme en Amérique. De son côté, ByteDance n’a pas l’intention de céder TikTok, préférant se battre devant les tribunaux pour tenter de rester actif aux États-Unis.
Lors de l’audience, l’avocat de TikTok, Andrew Pincus, a qualifié cette loi d’« inédite », soulignant que, pour la première fois, une législation américaine ciblait explicitement une filiale locale d’une entreprise étrangère. Cependant, les juges ont semblé peu convaincus par cet argument, évoquant plutôt le contrôle exercé par les actionnaires chinois de ByteDance et une jurisprudence passée justifiant l’interdiction d’organisations étrangères.
Un point crucial soulevé par la défense de TikTok est la possible violation du premier amendement de la Constitution américaine, qui garantit la liberté d’expression. Les juges ont questionné cette dimension, mais l’avocat du gouvernement, Daniel Tenny, a rétorqué que TikTok, étant contrôlé par une entreprise chinoise, ne peut se prévaloir de ces droits. Selon lui, la sécurité nationale prime sur la protection de l’expression, et les risques liés aux données des utilisateurs américains justifient cette loi.
Sarah Kreps, professeure à l’université de Cornell, anticipe que cette affaire pourrait finir devant la Cour suprême. Bien que les juges aient semblé sceptiques envers les arguments de TikTok, ils n’ont pas écarté les problématiques soulevées autour du premier amendement. TikTok, quant à lui, affirme que cette loi musèlerait les voix de 170 millions d’utilisateurs américains et transformerait l’application en une simple coquille vide, dépossédée de son algorithme innovant qui personnalise les contenus.
Le gouvernement américain insiste sur le fait que cette législation répond à des enjeux de sécurité nationale et que ByteDance se conforme aux demandes de Pékin pour accéder aux données des utilisateurs américains. Bien que l’entreprise chinoise réfute ces accusations, la bataille juridique semble loin d’être terminée. Reste à savoir si la Cour suprême tranchera en faveur de la protection des libertés individuelles ou de la sécurité nationale.
La Rédaction

