À cinq mois du scrutin présidentiel, le Nigeria est entré en campagne. Pour Bola Tinubu, candidat à sa propre succession, l’élection du 16 janvier 2027 prend des allures de jugement sur trois années de réformes économiques douloureuses et sur une insécurité qui reste profondément ancrée dans le quotidien.
La campagne pour la présidentielle nigériane de 2027 s’est ouverte mercredi 19 août, dans un climat social et sécuritaire tendu. Le scrutin présidentiel et les élections à l’Assemblée nationale sont programmés au 16 janvier 2027 par la Commission électorale nationale indépendante.
Au centre de cette bataille se trouve Bola Tinubu. Arrivé au pouvoir en 2023, le président sollicite un second mandat avec un bilan dont son gouvernement revendique les premiers effets économiques, mais dont une large partie de la population continue de supporter le coût.
Des réformes qui pèsent sur les ménages
Dès son arrivée à la présidence, Bola Tinubu a engagé une transformation rapide de l’économie : suppression de la subvention sur les carburants, dévaluation du naira et réduction de certaines aides publiques. Ces mesures visaient à assainir les finances de l’État et à restaurer la confiance des investisseurs.
Elles ont toutefois provoqué un choc brutal pour de nombreux ménages, confrontés à une forte hausse des prix des transports, de l’énergie et de l’alimentation. Selon Reuters, près de 80 % des Nigérians interrogés dans une récente enquête estiment que leur pays se dirige dans la mauvaise direction, les difficultés économiques et l’insécurité arrivant en tête des préoccupations.
L’insécurité reste un point faible
Le Nigeria demeure confronté à plusieurs foyers de violence : groupes jihadistes dans le Nord-Est, banditisme armé dans le Nord-Ouest, enlèvements contre rançon, violences communautaires dans le centre et tensions séparatistes dans le Sud-Est.
Le gouvernement affirme avoir repris du terrain dans certaines zones, mais les attaques et kidnappings continuent d’alimenter un fort sentiment d’insécurité. Pour Tinubu, cette question pourrait peser aussi lourd que le pouvoir d’achat dans le choix des électeurs.
Une opposition encore dispersée
La fragilité du président ne garantit pourtant pas sa défaite. Son principal avantage reste la division de ses adversaires.
Atiku Abubakar et Peter Obi, déjà candidats en 2023, figurent à nouveau parmi les principales figures de l’opposition. Mais les tentatives de constitution d’un front commun contre Tinubu ont jusqu’ici échoué. Cette dispersion pourrait une nouvelle fois favoriser le président sortant, soutenu par un APC qui contrôle désormais une large majorité des États du pays.
À l’approche du scrutin, la campagne devrait donc se jouer autour d’une question centrale : les sacrifices imposés depuis 2023 ont-ils réellement permis d’améliorer la situation du Nigeria ?
Pour Bola Tinubu, il ne suffira plus de défendre la nécessité de ses réformes. Il lui faudra convaincre les électeurs que leurs effets peuvent désormais se traduire dans leur quotidien.
La Rédaction

