À Lagos, capitale économique du Nigeria, la ville croît plus vite que ses solutions. Des millions d’habitants vivent dans des bidonvilles, ces quartiers informels souvent invisibles sur les cartes mais essentiels dans l’économie urbaine. Les autorités locales, plutôt que d’intégrer ces zones dans les plans de développement, choisissent l’expulsion. Plus de 50 000 personnes ont été chassées de chez elles au cours de la dernière décennie, au nom de la modernisation. Mais dans les faits, ces déplacements ne font que déplacer la pauvreté.
Chassés d’un bidonville, les habitants s’installent dans un autre. Trop pauvres pour accéder au marché immobilier officiel, ils reproduisent ailleurs des conditions précaires, souvent pires qu’auparavant. Il ne s’agit pas d’une amélioration, mais d’un déplacement mécanique de la misère. À chaque éviction, c’est un tissu social qui se déchire, un accès fragile aux services de base qui disparaît, une micro-économie locale qui s’effondre.
Ces quartiers informels ne sont pas de simples obstacles à la modernité ; ils sont le produit de politiques d’exclusion et de décennies d’urbanisme pensé pour les élites. Les bidonvilles de Lagos regorgent pourtant d’activités, de compétences, de réseaux. Ils sont vivants, créatifs, résilients. Les habitants, bien qu’exclus des plans officiels, participent activement à la vie économique de la ville : petits commerces, transports informels, artisanat, services de proximité.
Mais les pouvoirs publics les ignorent ou les considèrent comme gênants. Le schéma est toujours le même : on rase des quartiers pour faire place à des immeubles de standing, des centres commerciaux, des routes. Le développement devient alors un synonyme de déplacement, une forme de violence sociale.
Pourtant, il existe une autre voie. Reconnaître ces quartiers comme partie intégrante de la ville, y investir massivement dans les services de base, sécuriser le droit à rester, impliquer les résidents dans la planification. À Lagos, comme ailleurs, on ne réglera jamais le problème des bidonvilles en effaçant ceux qui y vivent.
Construire une ville plus juste ne commence pas par la destruction, mais par l’écoute. Pas par l’expulsion, mais par l’inclusion. Car une ville qui chasse les pauvres pour paraître moderne finit toujours par se perdre elle-même.
La Rédaction

