À cinq mois de la présidentielle, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire fait face à une impasse stratégique. Tidjane Thiam est inéligible, et Jean-Louis Billon réclame sa place.
C’est devant une salle comble, sous les projecteurs des caméras, que Jean-Louis Billon a lancé ce qui ressemble de plus en plus à un défi direct à Tidjane Thiam. L’ancien ministre du Commerce, député de Dabakala, a affirmé sans détour :
« Je suis candidat à la présidentielle pour le PDCI. »
Cette déclaration intervient alors que Tidjane Thiam, président du PDCI-RDA depuis décembre 2023, demeure inéligible pour l’élection présidentielle d’octobre 2025. L’autorité électorale n’a pour l’instant pas précisé les motifs détaillés de cette inéligibilité, mais ils seraient liés à des critères de résidence ou de nationalité.
Une crise de succession imprévue
Élu à la tête du parti avec l’aura d’un ancien patron du Crédit Suisse, Tidjane Thiam incarnait une nouvelle ère pour le PDCI. Mais la réalité juridique vient contrecarrer ce projet. Le parti se retrouve désormais sans candidat officiel à quelques mois d’un scrutin crucial.
Pour Jean-Louis Billon, cette vacance est inacceptable. Il exige une nouvelle convention élective, estimant que l’actuelle direction doit respecter « les intérêts supérieurs du parti » en désignant un candidat éligible et opérationnel.
« Le PDCI ne peut pas rester spectateur de sa propre exclusion du jeu démocratique », a-t-il martelé.
Un affrontement idéologique et générationnel
Ce n’est pas la première fois que Billon exprime des ambitions présidentielles. En 2020, il avait déjà préparé une candidature avant de se retirer au profit d’un consensus. Cette fois, le contexte est différent : l’homme entend incarner une alternance claire, face à une direction jugée trop technocratique et éloignée des réalités du terrain.
Le duel Billon-Thiam reflète aussi deux visions du PDCI : l’une ancrée dans l’histoire militante du parti, l’autre tournée vers une modernité technocratique assumée.
L’opposition ivoirienne fragilisée
Cette crise interne au sein du PDCI intervient dans un moment délicat pour l’opposition ivoirienne. Avec un RHDP (parti au pouvoir) en ordre de marche et une gauche divisée, l’absence de candidature crédible au PDCI pourrait affaiblir les chances d’alternance en octobre.
« Nous ne pouvons pas donner à nos adversaires la victoire par défaut », a averti Billon.
La balle est désormais dans le camp des instances dirigeantes du parti. Soit elles convoquent une nouvelle convention et rouvrent le jeu, soit elles persistent dans une stratégie de blocage qui pourrait coûter cher.
La Rédaction

