Adopté sous l’égide du régime de transition, le texte prévoit de lourdes peines de prison et des amendes records. Ce basculement législatif ancre le pays dans la dynamique de durcissement doctrinal et identitaire observée au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES).
NIAMEY, juin 2026 – Le Niger rompt définitivement avec son héritage de tolérance relative en matière de mœurs. En intégrant la criminalisation explicite des « pratiques LGBTQIA+ » dans sa récente refonte du Code pénal, les autorités de Niamey scellent un tournant juridique historique. Jusqu’alors, le pays se distinguait de plusieurs de ses voisins par l’absence de législation répressive ciblant spécifiquement l’orientation sexuelle. Cette réforme comble ce que le pouvoir militaire qualifiait de « vide juridique », alignant l’arsenal répressif sur le conservatisme sociétal ambiant.
Une rupture doctrinale matérialisée par des sanctions records
Le nouveau texte pénal introduit un régime punitif particulièrement sévère. Les personnes concernées s’exposent désormais à des peines de réclusion allant de cinq à dix ans d’emprisonnement ferme, ainsi qu’à des sanctions financières pouvant atteindre 100 millions de francs CFA (environ 150 000 euros), un niveau rarement observé dans ce type de contentieux et conçu comme un outil de dissuasion juridique et sociale.
« Notre droit positif doit être le reflet fidèle de nos valeurs endogènes, culturelles et spirituelles », a justifié le ministre de la Justice et des Droits de l’homme, Alio Daouda, confirmant que le champ d’application du texte couvre l’ensemble des expressions d’identités de genre ou d’orientations sexuelles non conformes au cadre défini par les autorités.
L’aboutissement idéologique de la “Refondation” de la transition
Ce virage répressif s’inscrit dans une continuité politique amorcée depuis l’arrivée au pouvoir du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), dirigé par le général Abdourahamane Tiani après le coup d’État de juillet 2023.
Dès mars 2025, la Charte de la refondation avait posé les bases doctrinales de cette orientation en déclarant « bannies et punies par la loi » les pratiques jugées contraires aux mœurs nationales. Le nouveau Code pénal en constitue la traduction juridique, transformant une ligne politique en dispositif coercitif pleinement opérationnel.
Une séquence législative progressive
[ Mars 2025 ] : adoption de la Charte de la refondation, fixation des principes idéologiques de bannissement des “pratiques contraires aux mœurs”
[ Février 2026 ] : adoption du Code pénal, intégration des dispositions répressives dans le droit positif
[ Mai–juin 2026 ] : publication et mise en visibilité des dispositions, entrée effective dans le débat public et institutionnel
L’harmonisation législative au sein du bloc sahélien
Le cas nigérien s’inscrit dans une dynamique régionale plus large, marquée par une reconfiguration des normes juridiques et politiques au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES). Dans cet espace, les autorités revendiquent une souveraineté normative fondée sur la défense des « valeurs authentiques », en opposition aux standards internationaux portés par les organisations multilatérales.
Cette évolution traduit un repositionnement géopolitique assumé, dans lequel les questions de genre et de sexualité deviennent des marqueurs de différenciation diplomatique et idéologique.
Vers une fragilisation accrue de l’État de droit
Au-delà de la question des minorités sexuelles, cette réforme soulève des inquiétudes plus larges sur les équilibres institutionnels. Plusieurs acteurs de la société civile redoutent que l’imprécision des notions juridiques utilisées ouvre la voie à des interprétations extensives, susceptibles d’affecter d’autres catégories de la population, notamment les voix critiques ou les acteurs associatifs.
Dans un contexte déjà marqué par des fragilités sécuritaires et institutionnelles au Sahel, ce durcissement législatif contribue à redessiner les contours du débat public et à renforcer la centralité de l’État dans la définition des normes sociales.
La Rédaction

