Alors que la junte militaire poursuit ses abus, l’Armée d’Arakan multiplie les exactions contre les Rohingyas dans un contexte d’intensification du conflit.
Rakhine – Le calvaire des Rohingyas au Myanmar ne connaît aucun répit. Victimes d’une politique d’apartheid menée de longue date par la junte militaire, les membres de cette minorité musulmane font désormais face à une nouvelle forme de persécution, cette fois infligée par l’Armée d’Arakan (AA), un groupe armé bouddhiste qui étend son emprise sur le territoire.
Sous couvert de gouvernance locale après des gains militaires face à la junte, l’AA impose des restrictions de déplacement, pratique des détentions arbitraires, des pillages, du travail forcé et des recrutements illégaux de combattants, selon un rapport alarmant de Human Rights Watch publié ce 29 juillet. Les récits recueillis auprès de réfugiés au Bangladesh témoignent d’un régime de terreur qui rappelle tristement les exactions perpétrées par les forces birmanes.
Privés de tout, assignés à résidence
Depuis la reprise des affrontements en novembre 2023, la vie dans le canton de Buthidaung, au nord de l’État de Rakhine, est devenue un cauchemar pour les Rohingyas. « Nous n’avions plus le droit de cultiver, de pêcher ni même de nous déplacer sans autorisation », témoigne un réfugié de 62 ans. Les permis de déplacement, rarement accordés, coûtent jusqu’à 2,40 dollars, une somme exorbitante dans une région ravagée par la pauvreté et la faim.
L’AA a également instauré un couvre-feu strict. Toute personne vue dehors après l’heure dite était immédiatement arrêtée. « Et ensuite, on ignorait ce qu’ils devenaient », ajoute un autre témoin.
Travail forcé, pillages, cimetières rasés
Outre les restrictions, l’Armée d’Arakan mène une campagne de confiscation brutale : maisons, terres, bétail et même bois de chauffage sont réquisitionnés. À Kin Taung, des cimetières ont été détruits, et les familles forcées d’inhumer leurs proches dans des rizières.
Certains Rohingyas, contraints au travail forcé, se voient refuser tout salaire. « Ils ont d’abord réduit la paie, puis ont cessé de nous payer complètement », affirme un ouvrier rohingya.
Recrutements forcés, enfants ciblés
La montée en puissance de l’AA s’accompagne aussi d’un recrutement forcé massif. Des adolescents sont arrachés à leur famille. Des pères de famille ont fui après avoir caché leurs fils pendant des semaines. « Mon fils de 17 ans a disparu après avoir fui le village », confie un réfugié. Lorsqu’il a refusé de collaborer, l’AA a incendié sa maison.
D’autres sont détenus et torturés, accusés de collusion avec la junte ou les groupes armés rohingyas comme l’ARSA, revenu sur le devant de la scène depuis 2024. Un jeune homme de 19 ans, contraint au travail pour l’AA, rapporte avoir été utilisé comme bouclier humain : « Ils disaient qu’ils allaient nous traiter comme les Birmans le faisaient – c’est-à-dire comme des sous-hommes. »
Un exode sans issue
Depuis mai 2024, le Bangladesh a vu affluer plus de 120 000 nouveaux réfugiés rohingyas, tandis que des dizaines de milliers d’autres restent non enregistrés. Le coût pour fuir ? Jusqu’à 595 dollars, au profit de réseaux de passeurs souvent en lien avec des factions armées.
Mais une fois arrivés à Cox’s Bazar, les conditions restent précaires. Sans aide officielle, les Rohingyas dépendent de l’entraide ou de maigres transferts d’argent venus de l’étranger. Le gouvernement bangladais continue d’affirmer que le retour au Myanmar est la seule solution. Or, les Nations Unies rappellent que les conditions d’un retour sûr, digne et volontaire ne sont absolument pas réunies.
Pressions internationales nécessaires
Human Rights Watch appelle à une pression accrue sur l’Armée d’Arakan pour qu’elle mette fin à ses exactions. « Les gouvernements influents doivent agir de toute urgence pour garantir les droits fondamentaux des Rohingyas », souligne Elaine Pearson, directrice Asie de HRW. L’impunité généralisée – qu’elle vienne de la junte ou de groupes armés ethniques – ne peut plus être tolérée.
En attendant, les Rohingyas restent enfermés dans un cycle sans fin d’exil, de violences et de promesses non tenues. Et leur cauchemar, entre deux feux, ne semble pas prêt de s’arrêter.
La Rédaction

