Les Mozambicains se sont rendus aux urnes ce mercredi pour élire un nouveau président et un nouveau parlement, dans un contexte marqué par des tensions politiques et des défis économiques. Après près de cinq décennies au pouvoir, le parti Frelimo semble en position de prolonger son règne, bien que le scrutin soit surveillé de près pour ses risques de fraude.
Les élections se déroulent dans un pays frappé par la pauvreté et des inégalités persistantes, tandis que la violence jihadiste dans le nord complique l’exploitation de ses ressources gazières. Le président sortant, Filipe Nyusi, 65 ans, quitte son poste après deux mandats, appelant à la sérénité et à la patience en attendant les résultats prévus dans deux semaines.
« J’exhorte chacun à maintenir la paix et la tranquillité, sans menaces ni annonces prématurées de résultats », a-t-il déclaré après avoir voté.
Un climat de méfiance après des accusations de fraude
La méfiance envers le processus électoral reste élevée, en particulier après les élections municipales de 2023, marquées par des accusations de fraude ayant provoqué des manifestations sanglantes. Daniel Chapo, le candidat désigné par le Frelimo pour succéder à Nyusi, a appelé au calme, souhaitant tourner la page de ces controverses.
Chapo, âgé de 47 ans et relativement peu connu sur la scène nationale, incarne un changement générationnel : il serait le premier président né après l’indépendance en 1975, et le premier à ne pas avoir participé à la guerre civile de 16 ans entre le Frelimo et la Renamo.
Face à lui, Ossufo Momade, 63 ans, dirigeant de la Renamo, reste son principal adversaire, aux côtés de figures montantes comme Venancio Mondlane. Ce dernier, fort d’un soutien important parmi la jeunesse, s’exprime en faveur d’un véritable changement politique. « Les jeunes ne veulent plus d’une nouvelle fraude, ils veulent une démocratie réelle », a-t-il affirmé.
La quête de changement face à l’hégémonie du Frelimo
Mondlane, qui a perdu les élections municipales de 2023 à Maputo, a quitté la Renamo pour rejoindre le plus petit parti Podemos, espérant incarner une alternative crédible. Lutero Simango, 64 ans, dirigeant du Mouvement démocratique du Mozambique, critique quant à lui le Frelimo et dénonce la corruption qui gangrène le pays.
Malgré ces aspirations au changement, de nombreux observateurs restent sceptiques quant à l’issue des élections. Selon Domingos Do Rosario, professeur de sciences politiques à l’Université Eduardo Mondlane, le manque de transparence et de crédibilité de la commission électorale risque de biaiser le processus.
« La commission électorale est loin d’être impartiale », a-t-il estimé, remettant en question le nombre d’électeurs inscrits, jugé peu crédible pour une population en grande majorité jeune.
Pauvreté et violence : des défis pour le prochain gouvernement
Au-delà des questions électorales, les défis socio-économiques restent colossaux pour le Mozambique. Plus de 74 % de la population vit dans la pauvreté, selon la Banque africaine de développement. Les espoirs d’un renouveau économique, portés par la découverte de gisements de gaz en 2010, ont été compromis par l’insécurité persistante dans la province de Cabo Delgado, où les projets d’ExxonMobil et de TotalEnergies sont suspendus.
« Le prochain président devra relever le défi de la dette publique croissante et des faibles revenus, tout en gérant les retards des projets énergétiques en raison de l’insurrection », note l’analyste Aleix Montana. La stabilité et la relance économique restent donc au cœur des préoccupations, dans un pays où les attentes de changement se heurtent encore à la réalité politique.
Les urnes diront si la volonté de changement exprimée par une partie de la population pourra se concrétiser, ou si le Mozambique restera sous la domination du Frelimo, dans un climat de tensions et d’incertitudes.
La Rédaction

