Près de 50 personnes sont mortes et 182 cas ont été recensés dans l’État d’Ondo, dans le sud-ouest du Nigeria. Au centre des investigations figure le « Monkey Tail », une boisson alcoolisée artisanale à base de plantes, soupçonnée d’avoir été contaminée au méthanol. Au-delà du bilan humain, le drame révèle les risques sanitaires d’un marché d’alcools bon marché dont la composition et la fabrication peuvent échapper aux contrôles.
Quelques gorgées, puis des troubles qui peuvent apparaître brutalement : perte de la vue, difficultés respiratoires, perte de connaissance, atteintes rénales ou neurologiques. Depuis le début du mois de septembre, plusieurs communautés de l’État d’Ondo sont confrontées à une vague d’intoxications associée à la consommation d’alcool artisanal.
Les premiers cas ont été signalés à Odigbo et Araromi-Obu avant que d’autres apparaissent dans la collectivité locale d’Irele. Les autorités sanitaires ont recensé 182 personnes touchées. Selon les décomptes communiqués ces derniers jours, au moins 48 personnes sont mortes, certains bilans ayant atteint 49 décès.
La piste du méthanol se précise
Les investigations se concentrent sur des boissons alcoolisées et des préparations à base de plantes vendues localement. Parmi elles figure le « Monkey Tail », un alcool populaire dont plusieurs victimes auraient consommé une version avant de tomber malades.
La piste du méthanol est désormais privilégiée. Le commissaire à la Santé de l’État d’Ondo, Banji Ajaka, a indiqué que les premiers examens d’échantillons prélevés sur les victimes orientaient vers une intoxication à cette substance. L’enquête doit encore déterminer précisément l’origine du produit contaminé et établir si les différents cas proviennent d’une même source.
Le méthanol est particulièrement dangereux lorsqu’il se retrouve dans une boisson destinée à la consommation. Son ingestion peut provoquer des lésions graves, notamment au niveau des yeux, du cerveau et des reins, et conduire rapidement au décès.
Un nom, mais des préparations différentes
L’affaire révèle également une difficulté majeure : derrière l’appellation « Monkey Tail » ne se trouverait pas nécessairement un produit standardisé. Un vendeur interrogé à Odigbo a expliqué qu’il circulait différentes versions de cette préparation, dont certaines étaient considérées localement comme dangereuses.
Cette absence d’uniformité complique l’identification de la source. Elle expose surtout les consommateurs à des boissons dont la composition, le dosage et les conditions de fabrication peuvent être difficiles à vérifier.
Le problème prend une dimension sociale particulière dans les zones où les alcools produits localement constituent une alternative moins coûteuse aux boissons industrielles. Leur prix favorise leur accessibilité, mais l’absence de contrôle de certaines préparations peut transformer cet avantage économique en risque sanitaire.
Des arrestations et une interdiction
Face à l’augmentation du nombre de victimes, les autorités de l’État d’Ondo ont interdit la vente et la distribution de boissons alcoolisées non vérifiées. Des équipes sanitaires ont également été déployées dans les communautés touchées pour identifier les cas et rechercher la source de l’intoxication.
La police a procédé à plusieurs arrestations. L’une des personnes interpellées est soupçonnée d’avoir participé à la fabrication de substances susceptibles de contenir du méthanol. À ce stade, ces investigations doivent encore établir les responsabilités individuelles.
L’urgence dépasse désormais le seul « Monkey Tail ». Le drame d’Ondo pose la question plus large de la traçabilité des alcools artisanaux : lorsqu’une même boisson peut recouvrir des préparations différentes, identifier ce que l’on boit devient lui-même un enjeu de santé publique.
La Rédaction
Sources : autorités sanitaires de l’État d’Ondo ; police de l’État d’Ondo ; Associated Press ; presse nigériane.

