Présenté comme l’un des principaux instruments de lutte contre l’immigration irrégulière à Mayotte, le dispositif « Uhura wa shaba », ou « mur de fer », devait produire pleinement ses effets dès le début de l’année 2026. Un nouveau marché public montre pourtant que sa conception et son déploiement restent engagés dans un processus de longue durée.
Une promesse assortie d’un calendrier rapide
Lors de son déplacement à Mayotte le 21 avril 2025, Emmanuel Macron avait annoncé cette opération destinée à renforcer la surveillance des approches maritimes de l’archipel. Le projet devait notamment s’appuyer sur de nouveaux radars, des intercepteurs, une meilleure coordination des services de renseignement et un état-major opérationnel spécialisé.
Le chef de l’État avait alors fixé un calendrier précis : l’ensemble des intercepteurs et des moyens radar devait être déployé avant la fin de 2025, afin que le dispositif puisse produire « tous ses effets » au début de l’année suivante.
Cette échéance apparaît désormais difficile à tenir. Publié le 12 août 2026, un appel d’offres du ministère français de l’Intérieur porte encore sur une mission d’assistance à maîtrise d’ouvrage pour la conception, l’acquisition et le déploiement du système de lutte contre l’immigration irrégulière et clandestine à Mayotte.
Un marché pouvant courir pendant sept ans
Le marché prévoit une première sélection des candidats, suivie d’une phase d’offres. Les demandes de participation peuvent être déposées jusqu’au 6 octobre 2026. L’accord-cadre, dont la valeur maximale atteint 22 millions d’euros, doit être conclu pour quatre ans et pourra être prolongé trois fois, portant sa durée totale à sept ans.
Cette durée ne signifie pas nécessairement que l’ensemble du dispositif attendra 2033 pour fonctionner. Elle montre toutefois que sa conception, son acquisition et son déploiement doivent encore être accompagnés sur plusieurs années. Selon les éléments rapportés par POLITICO, la pleine phase opérationnelle pourrait ainsi ne pas intervenir avant 2029, voire 2030.
Un second marché public concerne parallèlement la mise en place d’une surveillance aérienne contre l’immigration clandestine à Mayotte. Les entreprises intéressées ont jusqu’au 1er octobre 2026 pour présenter leur offre.
Un dispositif devenu plus large que les seuls radars
Le « mur de fer » doit répondre à l’évolution des routes migratoires dans le canal du Mozambique. Aux traversées en provenance des Comores se sont ajoutées, selon les autorités françaises, des arrivées venant du continent africain, notamment de la région des Grands Lacs.
Le cyclone Chido avait également endommagé une partie des équipements de surveillance déjà installés autour de Mayotte. Le gouvernement souhaite donc associer moyens maritimes, surveillance aérienne, technologies de détection, renseignement et coopération régionale.
La publication tardive de ces marchés place néanmoins les autorités face à une question de calendrier. Plus d’un an après l’annonce présidentielle et plusieurs mois après l’échéance initialement avancée, une partie essentielle du projet se trouve toujours au stade de la commande publique. Le déplacement du Premier ministre Sébastien Lecornu à Mayotte remet ainsi au premier plan l’écart entre l’urgence affichée et le temps nécessaire à la réalisation du dispositif.
La Rédaction
Sources : Élysée — Déplacement d’Emmanuel Macron à Mayotte ; Marché d’assistance à maîtrise d’ouvrage pour le système de lutte contre l’immigration irrégulière ; Plateforme des achats de l’État — Surveillance aérienne à Mayotte ; POLITICO Playbook Paris, 26 août 2026.

