En avril dernier, la ville de Boundiali, au nord de la Côte d’Ivoire, a accueilli la neuvième édition du Djéguélé Festival, rendez-vous majeur dédié au balafon, instrument emblématique du peuple sénoufo. Mais derrière les réjouissances, une inquiétude grandit : le balafon est-il en péril ?
Dans la cour de l’Institut national supérieur des arts et de l’action culturelle à Abidjan, un jeune étudiant accorde soigneusement son balafon. Une scène banale, mais révélatrice : si les musiciens passionnés sont nombreux, les artisans capables de fabriquer l’instrument se font rares.
Depuis sa première édition, le Djéguélé Festival s’est imposé comme le cœur battant de la culture balafon en Afrique de l’Ouest. En 2012, le balafon sénoufo a été inscrit sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO, une reconnaissance internationale d’un héritage ancestral toujours vivant.
Mais cet héritage est aujourd’hui menacé. Comme le rappelle Sonfolo Koné, l’un des derniers fabricants traditionnels :
« Il y a plus de joueurs que de fabricants. Il faut des écoles de formation et des centres de fabrication pour sauver le balafon. »
C’est précisément cette urgence que le Djéguélé Festival tente de répondre chaque année. À l’initiative de Koné Dodo, directeur général du Palais de la Culture d’Abidjan, l’événement mêle spectacles, compétitions, formations et rencontres autour du balafon. Une semaine durant, Boundiali devient la capitale du balafon, attirant des troupes du Mali, du Burkina Faso et de toute la Côte d’Ivoire.
Un pont entre tradition et modernité
Pour cette neuvième édition, le thème choisi était ambitieux :
« Balafon Djéguélé à l’ère du numérique et de l’intelligence artificielle : défis et perspectives »
L’objectif : réfléchir à des moyens de faire entrer le balafon dans l’ère numérique sans le dénaturer.
Koné Ibrahim, enseignant-chercheur à l’université de Korhogo, explique :
« Il faut développer des outils numériques, des applications ou des logiciels pédagogiques qui respectent l’authenticité du balafon djéguélé. »
Une jeunesse mobilisée, une économie locale stimulée
Le festival est aussi un événement profondément populaire.
Dembélé Kader, un jeune de la région, témoigne :
« C’est un moment fort pour nous. Le balafon est un lien, une source de fierté, un outil de cohésion culturelle. »
Au-delà de la musique, le festival génère un véritable dynamisme économique : plus de 50 000 visiteurs ont afflué à Boundiali. Les hôtels affichent complet, les artisans vendent, les restaurateurs prospèrent. Le balafon devient moteur de développement local.
Une culture à protéger et transmettre
Instrument, langage, mémoire, le balafon est un pilier culturel. Mais sans une nouvelle génération d’artisans et une structuration solide de sa transmission, il risque de devenir un vestige plutôt qu’un vecteur vivant.
Le Djéguélé Festival montre que l’héritage culturel ne se limite pas à la nostalgie : il peut aussi être un levier d’éducation, d’innovation et de création. Il est désormais urgent que l’État, les institutions culturelles et les communautés s’unissent pour que le balafon continue à résonner — non pas comme une relique, mais comme un avenir à bâtir.
La Rédaction

