Le 21 décembre 2025, le Maroc accueille la Coupe d’Afrique des nations (CAN), un événement sportif majeur qui ravive les débats sur le coût social des grands projets dans le royaume tout en incarnant la fierté et l’unité africaines.
Une jeunesse dans la rue face au coût social de la CAN
Quelques semaines avant le coup d’envoi, la jeunesse marocaine, notamment la Génération Z, s’est mobilisée dans les rues pour dénoncer les priorités budgétaires du pays. Les manifestants réclament « la fin de la corruption, la dignité et la justice sociale », pointant du doigt les mégaprojets d’infrastructures sportives financés à coups de centaines de millions d’euros alors que certaines urgences sociales restent ignorées.
L’actualité sociale du royaume a ravivé ces tensions. En août 2025, un scandale sanitaire à Agadir a coûté la vie à huit femmes dans des conditions catastrophiques dans une maternité locale, renforçant le sentiment que les priorités nationales sont mal réparties. Pour de nombreux jeunes, accueillir la CAN 2025 et préparer la Coupe du monde 2030 ne doit pas occulter la nécessité d’investir dans l’éducation, la santé et la formation professionnelle.
Selon le Conseil économique, social et environnemental (CESE), le Maroc compte près de 10,9 millions de jeunes âgés de 15 à 34 ans, dont 4,3 millions ne sont ni en emploi, ni en éducation ou formation (NEET). Dans ce contexte, des mouvements comme la GenZ 212 ont appelé au boycott symbolique des matchs, pour que les tribunes vides envoient un message de protestation pacifique et conscient.
Infrastructures et diplomatie sportive : un pari stratégique
Malgré les critiques, le royaume continue d’investir massivement pour transformer son réseau de transport et son offre touristique. L’ONCF prévoit l’extension de la ligne à grande vitesse Casablanca-Marrakech, les aéroports internationaux doubleront leur capacité d’accueil et les autoroutes viseront 3 000 kilomètres d’ici 2030. Ces infrastructures servent non seulement le sport, mais aussi la diplomatie économique et culturelle du pays.
La CAN 2025 est aussi un levier diplomatique pour le Maroc, qui souhaite renforcer sa position régionale et internationale. Depuis le retour historique du royaume à l’Union africaine en 2017, le pays capitalise sur ces événements pour asseoir son image de hub sportif et politique sur le continent.
Rabat au cœur de la compétition
Si Casablanca, la plus grande ville du royaume, n’accueillera qu’un seul stade, Rabat, capitale de 1 million d’habitants, en verra quatre. Cette répartition soulève des questions sur l’inclusivité et l’équité territoriale. Par ailleurs, les projets de rénovation urbaine entraînent le relogement de milliers de familles et la gentrification de quartiers historiques.
Le coût des infrastructures sportives est colossal : six stades rénovés pour la CAN représentent 900 millions d’euros, tandis que le Grand stade Hassan II, destiné à la Coupe du monde 2030, coûtera 470 millions d’euros supplémentaires.
Assad : le lion qui incarne l’unité africaine

Pour contrebalancer les critiques et fédérer les supporters, la CAF et le Comité Local d’Organisation ont dévoilé « Assad », la mascotte officielle de la CAN 2025. Inspirée du lion de l’Atlas, figure emblématique du Maroc et symbole de force et de fierté africaine, cette mascotte incarne l’énergie et l’enthousiasme du tournoi.
Présent dans les stades, les fan zones et les événements communautaires, Assad joue un rôle central dans l’animation du tournoi et dans les programmes de développement du football de base. Il devient ainsi un symbole de l’identité culturelle du pays et du continent, rappelant que malgré les fractures sociales, le football reste un vecteur de cohésion et de rassemblement.
Entre critiques sociales et rayonnement international
La tenue de la CAN 2025 au Maroc illustre un paradoxe : d’un côté, des dépenses publiques massives suscitent des critiques sur l’injustice sociale et le relogement forcé de familles, de l’autre, l’événement renforce le rayonnement culturel, sportif et diplomatique du royaume.
Comme le souligne le sociologue Abderrahim Bourkia, le football peut être un outil d’intégration et de cohésion sociale si les infrastructures et programmes sont inclusifs et accessibles. L’enjeu pour le Maroc est donc double : accueillir un événement sportif de renommée mondiale tout en répondant aux urgences sociales qui traversent le pays.
Boycott ou non, la CAN 2025 se tiendra et préparera le terrain pour la Coupe du monde 2030, offrant au Maroc l’opportunité de briller à la fois sur le plan sportif et sur la scène internationale.
La Rédaction

