De l’Inde à l’Égypte en passant par le Soudan, plusieurs affaires criminelles ont placé la contrainte matrimoniale au centre du drame. Certaines femmes ont préparé la mort d’un homme qu’elles ne voulaient pas épouser ; d’autres ont tué dans un contexte de violences après avoir été mariées de force. Des situations très différentes, qui interrogent néanmoins le poids de la famille et du consentement dans le choix du conjoint.
En Inde, la mort de Ketan Agarwal a récemment donné une nouvelle dimension à ce débat. Le jeune homme devait épouser Siya Goyal, 20 ans, dans le cadre d’une union arrangée entre deux familles qui se connaissaient depuis plusieurs décennies. Le 18 juin 2026, lors d’une excursion au fort de Lohagad, près de Pune, Ketan Agarwal a fait une chute mortelle d’environ 120 mètres.
D’abord considérée comme accidentelle, sa mort est désormais traitée comme un homicide. La police accuse sa fiancée et Chetan Chaudhary, avec lequel elle entretenait une relation, d’avoir préparé le meurtre. Les enquêteurs affirment notamment avoir découvert des milliers d’appels entre les deux suspects ainsi que des recherches concernant des méthodes pour tuer. Selon les éléments rapportés par la presse britannique et indienne, Siya Goyal ne souhaitait pas épouser Ketan Agarwal mais aurait redouté le déshonneur familial qu’aurait provoqué la rupture des fiançailles. Les deux suspects restent présumés innocents tant qu’ils n’ont pas été condamnés.
En Inde, une autre lune de miel devenue affaire criminelle
L’affaire rappelle celle de Raja Raghuvanshi, qui avait profondément marqué l’Inde en 2025. Le jeune entrepreneur avait disparu pendant son voyage de noces au Meghalaya avant que son corps ne soit retrouvé dans une gorge.
Son épouse Sonam Raghuvanshi avait ensuite été arrêtée avec plusieurs autres suspects. Selon la police du Meghalaya, elle avait déclaré avoir été contrainte d’épouser Raja alors qu’elle entretenait une relation avec Raj Kushwaha. Les enquêteurs l’accusent d’avoir participé à la préparation du meurtre de son mari.
L’enquête avait même révélé qu’avant le mariage, plusieurs scénarios auraient été envisagés pour empêcher l’union, dont un projet consistant à simuler la mort de Sonam. Le meurtre présumé aurait finalement été préparé peu avant la cérémonie puis exécuté pendant le voyage de noces.
Ces deux dossiers ne suffisent évidemment pas à démontrer l’apparition d’un phénomène criminel en Inde. Ils mettent cependant en lumière une question plus profonde : que se passe-t-il lorsque le mariage arrangé, normalement fondé sur l’acceptation des futurs époux, se transforme sous la pression familiale en union pratiquement impossible à refuser ?
En Égypte, cinq jours de mariage avant le meurtre
La même mécanique apparaît dans une affaire rapportée en Égypte. Dans le gouvernorat de Beheira, une jeune femme de 20 ans avait épousé un homme de 28 ans après des fiançailles d’environ un an et demi.
Selon les éléments de l’enquête rapportés par le média égyptien Masrawy, elle aurait expliqué avoir refusé cette relation mais avoir finalement cédé aux pressions de sa famille. Cinq jours seulement après le mariage, son mari était tué.
L’affaire est particulièrement révélatrice de la frontière entre mariage arrangé et mariage forcé. Le premier repose sur l’intervention des familles dans la recherche ou la sélection du conjoint mais n’exclut pas le consentement. Le second commence précisément lorsque la possibilité réelle de dire non disparaît.
Cette distinction est essentielle : les millions de mariages arrangés célébrés dans le monde ne conduisent évidemment pas à la violence. Les affaires criminelles examinées ici constituent des situations extrêmes.
Au Soudan, une affaire d’une tout autre nature
Le dossier de Noura Hussein montre justement pourquoi tous ces crimes ne peuvent pas être placés dans la même catégorie.
Cette jeune Soudanaise avait été mariée de force alors qu’elle était adolescente. Selon Amnesty International, elle avait fui sa famille pour échapper au mariage avant d’être ramenée auprès de son mari. L’organisation rapporte qu’elle avait ensuite subi un viol conjugal.
En 2017, alors que son mari tentait de nouveau de la violer, Noura Hussein l’avait poignardé mortellement. La justice soudanaise l’avait condamnée à mort en mai 2018, provoquant une importante mobilisation internationale. Sa peine capitale avait ensuite été annulée et remplacée par une peine de prison.
Ici, il n’est donc plus question d’une femme préparant clandestinement l’assassinat d’un fiancé afin de poursuivre une autre relation. Le contexte documenté est celui d’un mariage forcé, de violences sexuelles et d’un homicide que Noura Hussein avait présenté comme un acte de légitime défense.
Derrière les crimes, la question du consentement
Rapprocher ces affaires exige donc de ne pas confondre leurs protagonistes ni leurs responsabilités. Certaines relèvent, selon les accusations, d’une préméditation criminelle. D’autres sont indissociables des violences subies par une femme privée de la possibilité de choisir son conjoint.
Aucune donnée sérieuse ne permet d’ailleurs d’affirmer qu’il existerait une vague internationale de femmes assassinant leur fiancé ou leur mari pour échapper à des mariages imposés. Ce serait tirer une conclusion générale de quelques faits divers particulièrement spectaculaires.
Leur rapprochement révèle néanmoins un même point de rupture : l’absence de consentement véritable. Lorsque l’honneur familial, le statut social ou la pression de l’entourage rendent le refus presque impossible, le mariage cesse d’être simplement « arrangé » pour entrer dans le champ de la contrainte.
Les crimes restent exceptionnels et ne peuvent jamais être présentés comme une conséquence normale de ces unions. Mais derrière leur caractère spectaculaire se trouve une question beaucoup moins exceptionnelle : celle de femmes et d’hommes qui, dans différentes sociétés, ne disposent pas toujours de la même liberté pour choisir avec qui ils veulent se marier, ou simplement décider de ne pas se marier.
La Rédaction
Sources : The Indian Express, enquête sur le meurtre de Raja Raghuvanshi et les déclarations recueillies par la police du Meghalaya, juin 2025 ; The Times, enquête sur la mort de Ketan Agarwal et les mariages arrangés en Inde, juin 2026 ; Masrawy, enquête sur l’affaire du gouvernorat de Beheira, Égypte, juillet 2026 ; Amnesty International, dossier Noura Hussein, Soudan, mai 2018.

