Drogues, narcotrafic et tabous culturels fragilisent une société entière
Une propagation fulgurante qui inquiète
Dans l’archipel des Fidji, le VIH avance à une vitesse alarmante. Selon le Programme commun des Nations unies sur le sida (ONUSIDA), le nombre de nouvelles infections a explosé depuis 2010, avec une hausse de plus de 3 000 %. Durant les six premiers mois de 2025, plus de 1 200 cas ont été diagnostiqués. Chaque mois, un bébé succombe à la maladie, une tragédie qui frappe les familles et les communautés, et place Fidji parmi les régions les plus touchées au monde. Le docteur Jason Mitchell, responsable du plan national de lutte contre le sida, parle d’une “urgence sanitaire extrême” qui menace l’équilibre de l’archipel.
Drogues et narcotrafic : une bombe à retardement
Les Fidji sont un carrefour stratégique du trafic de méthamphétamines et d’autres substances. Cette situation alimente l’épidémie. Près de la moitié des nouvelles infections sont liées à l’usage de drogues injectables et au partage de matériel contaminé. Le gouvernement a lancé un plan d’action incluant la distribution de seringues stériles et des campagnes de prévention, mais ces mesures se heurtent à un obstacle culturel profond. La peur, la honte et la stigmatisation dissuadent de nombreux habitants de se faire dépister ou de suivre un traitement.
La stigmatisation culturelle : un mur invisible
Au-delà des questions sanitaires, la société fidjienne se heurte à ses propres tabous. Certains habitants considèrent que vivre avec le VIH est une punition divine, et refusent tout contact avec les malades. Edwina Biyau, fondatrice d’un refuge pour personnes vivant avec le VIH, témoigne : “La peur du qu’en-dira-t-on empêche beaucoup de gens de se faire tester. Même ceux qui osent franchir ce pas finissent par cacher leur état pour ne pas être rejetés.” Résultat : près de la moitié des personnes testées ne viennent pas récupérer leurs résultats, laissant le virus se propager en silence.
Accès au traitement : une bataille contre la peur
Même si les traitements antirétroviraux sont gratuits et disponibles, beaucoup de Fidjiens refusent de les suivre, craignant le jugement de leur entourage. Christopher Lutukivuya, militant et chercheur vivant avec le VIH, explique que le problème n’est pas l’accès aux soins, mais la peur de la stigmatisation. Pour le docteur Mark Jacobs, de l’Organisation mondiale de la santé, détecter plus de cas serait paradoxalement une bonne nouvelle, car cela permettrait enfin de mesurer l’ampleur réelle de l’épidémie et d’agir efficacement.
La Rédaction

