La Cour pénale internationale (CPI) s’apprête à fermer son bureau en Côte d’Ivoire au cours de l’année 2025, marquant la fin d’une présence physique d’une décennie consacrée à enquêter sur les crises ivoiriennes. Cette décision relance les questions sur l’avenir du dossier de la crise post‑électorale 2010‑2011, alors que Laurent Gbagbo demande la réouverture des investigations sur les violences qui ont marqué le pays.
Une fermeture stratégique
Installée en Côte d’Ivoire pour suivre les enquêtes liées à la rébellion des années 2000 et à la crise post‑électorale de 2010‑2011, la CPI justifie la fermeture de son bureau par plusieurs facteurs : l’examen stratégique des situations, la fin de certains programmes d’assistance aux victimes, et un appui opérationnel jugé limité. Selon le calendrier prévu, la présence physique d’Abidjan prendra fin au milieu de l’année 2025. La CPI assure toutefois qu’elle continuera ses enquêtes depuis son siège à La Haye et d’autres bureaux régionaux.
Cette décision a été saluée par les autorités ivoiriennes comme un signe que la justice nationale peut désormais « prendre le relais », mais elle suscite des inquiétudes parmi les ONG et les victimes, qui craignent un affaiblissement du suivi des affaires sensibles et un accès plus limité à la justice.
Gbagbo relance le débat
Laurent Gbagbo, acquitté par la CPI en 2019 et dont l’acquittement a été confirmé en 2021, estime que « tous les acteurs de la crise n’ont pas été jugés ». Cette déclaration, bien que formulée de manière générale, laisse entendre une critique implicite des enquêtes menées uniquement contre lui et Charles Blé Goudé, sans jamais cibler d’autres responsables majeurs de la crise, notamment Alassane Ouattara et ses partisans au pouvoir à l’époque.
Pour Gbagbo, la réconciliation nationale ne peut se faire sans « l’établissement complet de la vérité », et la fermeture du bureau de la CPI pose la question de la capacité de la justice internationale à rouvrir ou poursuivre des enquêtes dans un contexte où elle n’aura plus de présence physique sur le terrain.
Conséquences et enjeux
La fermeture du bureau à Abidjan transforme le contexte juridique et politique du dossier ivoirien. Les principales conséquences sont :
•Une distance accrue entre les enquêtes et les témoins, ce qui pourrait compliquer la collecte de preuves
•Une dépendance accrue aux mécanismes nationaux pour assurer la justice et la réparation des victimes
•Un signal potentiellement ambigu pour la communauté internationale et les organisations de défense des droits humains
Malgré ces défis, la CPI affirme qu’elle continuera à donner suite aux affaires en cours, mais l’efficacité et la crédibilité de la justice internationale restent au centre des préoccupations.
Vers un nouveau chapitre
La fermeture du bureau de la CPI à Abidjan marque la fin d’une ère pour la justice internationale en Côte d’Ivoire. Si cette présence physique disparaît, l’enjeu demeure : garantir un accès réel à la justice pour les victimes et établir une vérité complète sur les violences passées. Dans ce contexte, la demande de réouverture du dossier par Gbagbo prend une dimension symbolique et politique majeure, soulignant la nécessité d’un équilibre entre justice internationale et justice nationale pour assurer une réconciliation durable.
La Rédaction

