Plusieurs organisations de la société civile malienne ainsi que des ONG internationales ont exprimé leurs préoccupations après l’adoption récente de nouvelles mesures encadrant les associations et fondations au Mali. Elles redoutent notamment qu’un prélèvement envisagé sur les financements de projets ne réduise les ressources destinées aux populations bénéficiaires, dans un contexte où les besoins humanitaires demeurent très importants.
Une réforme administrative qui suscite des interrogations
Début mars, les autorités maliennes ont adopté en Conseil des ministres une série de textes visant à renforcer le contrôle et la supervision des associations et fondations opérant dans le pays. Cette réforme concerne notamment la réorganisation de l’Agence nationale d’investissement des collectivités territoriales ainsi que le renforcement du dispositif chargé de suivre les activités des organisations.
Selon les informations communiquées par le gouvernement, ces nouvelles dispositions introduisent des mécanismes supplémentaires de contrôle, ainsi qu’une contribution financière appliquée à certaines ressources destinées aux programmes de développement.
Toutefois, les textes officiels ne précisent pas le niveau exact de cette contribution. Plusieurs organisations indiquent que les discussions autour de la réforme évoqueraient un prélèvement pouvant atteindre environ 10 % des budgets de projets afin de financer les activités de suivi et de contrôle.
La crainte d’un impact sur l’aide humanitaire
Les ONG affirment soutenir les objectifs de transparence et de redevabilité mis en avant par les autorités maliennes. Elles estiment cependant que l’instauration d’un prélèvement direct sur les financements pourrait réduire les moyens disponibles pour les programmes humanitaires et sociaux.
Dans un communiqué publié à Bamako, plusieurs organisations ont appelé à l’ouverture d’un dialogue avec le gouvernement afin d’évaluer les conséquences concrètes de cette mesure sur les actions menées sur le terrain.
Selon elles, de nombreux projets sont financés par des partenaires internationaux dans le cadre d’accords stricts qui définissent précisément l’utilisation des fonds. Un prélèvement obligatoire non prévu dans ces dispositifs pourrait donc créer des difficultés de conformité avec les exigences des bailleurs.
Des besoins humanitaires toujours élevés
Cette inquiétude intervient alors que la situation humanitaire au Mali reste fragile. Les crises sécuritaires, les déplacements de populations, les effets du changement climatique et l’accès limité aux services de base continuent d’affecter une large partie de la population.
D’après le Plan de réponse humanitaire pour 2026 publié par le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires, environ 5,1 millions de personnes ont besoin d’assistance dans le pays. L’objectif du plan est d’apporter une aide à près de 3,8 millions de personnes, pour un financement estimé à environ 578 millions de dollars.
Dans ce contexte, les ONG jouent un rôle central dans la mise en œuvre des programmes d’aide, qu’il s’agisse d’accès à l’alimentation, aux soins de santé, à l’eau potable ou encore à l’éducation dans les zones les plus vulnérables.
Appel au dialogue avec les autorités
Les organisations signataires du communiqué soulignent qu’elles contribuent déjà à l’économie nationale à travers diverses obligations fiscales et sociales, notamment les cotisations versées aux organismes de protection sociale et les taxes liées à leurs activités locales.
Elles se disent toutefois prêtes à poursuivre les discussions avec les autorités maliennes afin de trouver un cadre qui permette de renforcer la transparence sans fragiliser les actions humanitaires destinées aux populations.
La Rédaction

