Issa Kaou N’Djim, figure de l’opposition politique malienne, a été incarcéré après une plainte déposée par le Burkina Faso, l’accusant d’avoir diffamé le pouvoir militaire burkinabé. L’arrestation fait suite à des déclarations qu’il a tenues lors d’une émission diffusée le 10 novembre sur la chaîne malienne Joliba TV News, où il a qualifié une récente accusation de tentative de déstabilisation du Burkina Faso de « mise en scène ».
La réprobation de cette intervention est venue du Conseil Supérieur de la Communication (CSC) du Burkina Faso, qui a dénoncé des propos jugés « désobligeants » envers les autorités burkinabées et a sollicité des mesures contre la diffusion de l’émission par les régulateurs maliens. Le directeur de Joliba TV News, Mohamed Attaher Halidou, a été convoqué par la Haute Autorité de la Communication (HAC) du Mali, tandis que l’opposant malien, Issa Kaou N’Djim, a été arrêté le 13 novembre, accusé d’« offense envers un chef d’État étranger et injures publiques ».
Amnesty International a réagi rapidement, appelant à la libération immédiate de l’opposant, insistant sur la nécessité de respecter la liberté d’expression et le droit à l’information. Les autorités maliennes, en réponse, ont fait valoir la gravité des accusations formulées par le CSC du Burkina Faso. L’opposant est actuellement détenu, en attendant son jugement prévu pour février 2024.
Issa Kaou N’Djim, ancien vice-président du Conseil National de Transition du Mali, s’est toujours distingué par ses critiques acerbes contre le pouvoir militaire en place, notamment après le coup d’État de 2020. Son engagement en faveur d’une transition rapide vers un gouvernement civil et ses prises de position contre les militaires du Mali l’ont conduit à plusieurs conflits avec le régime, y compris une condamnation à une peine de prison avec sursis pour des critiques du Premier ministre de transition, Choguel Maïga.
Le contexte politique au Mali et dans la région du Sahel est marqué par une insécurité croissante due à l’action de groupes armés, ce qui complique la mise en place de conditions favorables à une transition vers des élections démocratiques. La situation est d’autant plus tendue que les autorités militaires, après avoir pris le pouvoir en 2020, ont retardé à plusieurs reprises la tenue d’élections, invoquant l’insécurité.
Malgré les mesures de répression, des voix comme celle de l’expert de l’ONU Alioune Tine soulignent des restrictions aux libertés fondamentales et une dégradation de la situation des droits de l’homme au Mali. Les défenseurs de la liberté d’expression, tels qu’Issiaka Tamboura, directeur de la rédaction de Soft Investigation, estiment que l’arrestation d’Issa Kaou N’Djim est symptomatique de cette tendance, tout en critiquant la gestion de la situation par les autorités militaires maliennes.
La Rédaction

