Au Malawi, le climat politique se durcit dangereusement. L’ancien président Lazarus McCarthy Chakwera sort de sa réserve et alerte sur ce qu’il considère comme une fracture profonde de l’État de droit. Dans une déclaration officielle datée du 19 janvier 2026, il accuse le pouvoir d’utiliser les forces de sécurité comme un outil de pression politique contre l’opposition, au mépris des procédures judiciaires et des libertés fondamentales.
Une parole rare dans un contexte explosif
Habituellement mesuré, Chakwera a cette fois choisi la fermeté. Il affirme avoir directement interpellé le président Arthur Peter Mutharika afin de lui faire part de ses inquiétudes face à une série d’actions qu’il qualifie de politiquement orientées. Selon lui, ce qui se déroule n’est plus une succession d’erreurs administratives mais une logique organisée d’intimidation visant principalement les cadres du Malawi Congress Party (MCP).
Pour l’ancien chef de l’État, la police ne se limite plus à son rôle de protection de l’ordre public. Elle serait devenue, selon ses termes, un instrument de neutralisation politique, opérant sans respect strict des lois, des droits de la défense ni des garanties constitutionnelles.
Arrestations ciblées et pressions judiciaires
Chakwera décrit une accélération inquiétante des interventions policières contre son camp. En quelques semaines, plusieurs personnalités du MCP ont été arrêtées, perquisitionnées ou convoquées dans des conditions jugées abusives. Des proches collaborateurs, d’anciens responsables administratifs, des porte-parole et même des figures bénéficiant d’immunités parlementaires auraient été interpellés.
À ses yeux, cette mécanique traduit une stratégie : fragiliser l’opposition par la peur, perturber son organisation et installer un climat d’insécurité politique. Il insiste toutefois sur un point central : il ne remet pas en cause le principe même des poursuites judiciaires, mais leur sélectivité. Lorsqu’un appareil sécuritaire concentre son action sur un seul camp, la justice cesse d’être perçue comme impartiale.
Liberté d’expression et dérive institutionnelle
Dans sa déclaration, Chakwera souligne que certains responsables inquiétés n’ont commis aucun crime autre que celui de s’exprimer publiquement. Il évoque un glissement préoccupant où la parole politique devient un motif d’arrestation.
L’ancien président se montre particulièrement sévère sur la détention prolongée du secrétaire général du MCP sans inculpation ni liberté provisoire, une décision ultérieurement censurée par la Haute Cour. Pour lui, ce jugement n’est pas anodin : il démontre que les abus constatés ne relèvent pas du discours partisan mais d’un constat juridique formel.
Il avertit que si les décisions judiciaires ne sont pas respectées, c’est toute l’architecture constitutionnelle du Malawi qui se fragilise.
Un appel au sursaut démocratique
Au-delà de la confrontation politique, Chakwera place son intervention sur le terrain de la stabilité nationale. Il rappelle que le pouvoir exécutif et l’opposition partagent une responsabilité commune : préserver la paix civile, la démocratie et la crédibilité des institutions.
Dans une démarche peu fréquente, il sollicite également la vigilance de la communauté internationale, des organisations de défense des droits humains, du barreau, des autorités religieuses, des médias, des chefs traditionnels et de la société civile. Pour lui, le silence face aux abus équivaut à une forme de complicité passive.
Le Malawi à la croisée des chemins
Cette sortie publique marque un tournant. Elle révèle une montée des tensions politiques dans un pays longtemps perçu comme relativement stable dans la région. En dénonçant l’instrumentalisation de la police, Chakwera pose une question centrale : le Malawi glisse-t-il vers une gouvernance sécuritaire où l’opposition devient une cible plutôt qu’un acteur légitime ?
À mesure que l’échéancier politique se rapproche, la gestion du pluralisme, de la justice et des libertés publiques pèsera lourd sur la trajectoire du pays. Le message de l’ancien président est clair : sans État de droit effectif, aucune stabilité durable n’est possible.
La Rédaction

