Dans les rues d’Antananarivo, le 1er mai passe presque inaperçu pour la majorité silencieuse. Si la fête du travail est officiellement chômée et payée, elle ne concerne qu’une minorité de salariés formels. Pour les autres, les huit Malgaches sur dix plongés dans le secteur informel, la journée se confond avec les précédentes : une course contre la montre pour survivre.
À Anosy, au cœur de la capitale, les conducteurs de vélos-taxis guettent les passants. Ils ont transformé un simple trottoir en station improvisée. Parmi eux, Andry, 32 ans, espère boucler sa journée avec 10 000 ariarys — environ deux euros. En semaine, il pédale ; le week-end, il assure la sécurité dans un centre commercial. « Ce vélo, c’est mon capital. L’État ne m’offre rien, alors je crée mon travail », affirme-t-il, les mains sur le guidon. Son objectif ? Gravir l’échelle motorisée : passer du vélo au taxi moto, puis à la voiture.
L’ingéniosité au service du quotidien
Quelques rues plus loin, à même le bitume, Émile travaille sur un smartphone dernier cri. Sans diplôme, mais formé grâce à des tutoriels en ligne, il débloque les téléphones verrouillés par les opérateurs. Une activité technique, demandée, et rémunératrice : jusqu’à 700 000 ariarys par mois, soit près de 138 euros. « Même avec un emploi formel, on survit à peine. Mais nous, les Malgaches, on est les champions de la débrouille », résume-t-il.
Une économie parallèle devenue vitale
Depuis la pandémie de Covid-19, le tissu économique malgache s’est encore précarisé. Le secteur informel, déjà majoritaire, s’est engouffré dans les failles d’un marché du travail à l’agonie. De nouveaux services urbains sont apparus, souvent sans régulation, mais répondant à une demande réelle. La municipalité d’Antananarivo tente de structurer cette dynamique sans la brider, consciente que l’économie informelle n’est plus un simple refuge : elle est devenue, pour beaucoup, un levier de résilience et de projection.
Au-delà de la survie quotidienne, ces travailleurs bâtissent à leur façon une économie de la débrouille, inventive, résistante, mais encore trop invisible dans les politiques publiques.
La Rédaction

