1er juillet 2025 – Paris. Un nouveau chapitre s’est ouvert dans le dossier sensible des Îles Éparses. La deuxième session de la Commission mixte franco-malgache s’est tenue hier dans la capitale française, marquant la relance officielle des négociations sur la souveraineté de ces îlots disputés du canal du Mozambique.
La délégation malgache, conduite par la ministre des Affaires étrangères Rafaravavitafika Rasata, est arrivée à Paris avec un mandat sans ambiguïté : revendiquer la restitution pleine et entière des îles Glorieuses, Juan de Nova, Europa et Bassas da India – désignées dans la terminologie officielle malgache comme Nosy Sambatra, Nosy Kely, Nosy Ampela et Nosy Bedimaky.
Une souveraineté toujours au cœur du différend
Depuis la première réunion en 2019, les positions n’ont pas évolué. Pour Madagascar, le différend relève d’un processus de décolonisation inachevée, reconnu par deux résolutions de l’Assemblée générale des Nations unies (1979 et 1980), qui appellent la France à engager des négociations en vue d’un transfert de souveraineté. Ces textes font explicitement référence aux îles comme étant « malgaches ».
Dans une interview diffusée en mai dernier, le président Andry Rajoelina avait réaffirmé la position de son pays : « Nous réclamons la restitution des îles Éparses aux Malgaches. » La ministre Rasata a confirmé que les revendications n’ont pas changé. Elle s’appuie notamment sur l’argument de l’intégrité territoriale au moment de l’indépendance en 1960.
Refus de la cogestion
De son côté, la France continue de privilégier une logique de cogestion. En marge d’une visite à Akamasoa, Emmanuel Macron avait tranché : « Non » à une restitution, mais « oui à une gestion conjointe intelligente ». Une approche rejetée par plusieurs voix malgaches, dont l’association SERA, qui considère cette proposition comme une négation de la souveraineté exclusive de Madagascar.
Plus de 900 organisations de la société civile appellent à une reconnaissance ferme, tandis que certains syndicats, comme celui des enseignants-chercheurs d’Antananarivo, évoquent même la nécessité d’indemnisations pour une occupation jugée « non consentie » depuis plus d’un siècle.
Un enjeu stratégique et économique majeur
Au-delà des querelles juridiques, l’enjeu est hautement stratégique. Les Îles Éparses génèrent une zone économique exclusive (ZEE) de 640 000 km² riche en biodiversité marine, en ressources halieutiques, et potentiellement en hydrocarbures. Leur position dans le canal du Mozambique, couloir maritime majeur, leur confère un poids géopolitique considérable.
La tenue de cette deuxième session laisse espérer une évolution du dialogue. Mais tant que la question de la souveraineté ne sera pas tranchée, les perspectives de coopération ou de cogestion resteront, pour Madagascar, secondaires. La République malgache semble plus déterminée que jamais à faire entendre sa voix sur la scène internationale.
La Rédaction

