RABAT — Dans un revirement diplomatique de premier ordre, le Royaume-Uni a annoncé, dimanche 1er juin, son soutien officiel au plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental. Cette décision rompt avec des décennies d’alignement sur la doctrine onusienne de l’autodétermination, au risque d’attiser les tensions avec Alger.
Le chef de la diplomatie britannique, David Lammy, en visite à Rabat, a qualifié l’offre marocaine de 2007 de « base la plus crédible, viable et pragmatique » pour mettre un terme à un conflit vieux de près de cinquante ans. Aux côtés de son homologue marocain, Nasser Bourita, il a insisté sur l’urgence d’aboutir à une solution avant le cinquantenaire de la crise, en novembre 2025.
Un choix stratégique à portée régionale
L’appui de Londres au plan d’autonomie — qui octroie une large autonomie au Sahara occidental tout en le maintenant sous souveraineté marocaine — constitue un appui politique de poids à Rabat. Jusqu’ici, le Royaume-Uni privilégiait une approche équilibrée, fondée sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Le basculement britannique rejoint celui des États-Unis sous Donald Trump en 2020, et plus récemment de l’Allemagne et de l’Espagne.
Réprobation d’Alger
La réaction algérienne n’a pas tardé. Dans un communiqué, le ministère des Affaires étrangères a exprimé son « profond regret » face à ce qu’il considère comme un alignement de Londres sur une position unilatérale. « En 18 ans d’existence, ce plan n’a jamais été soumis aux Sahraouis comme base de négociation, ni pris au sérieux par les envoyés successifs de l’ONU », rappelle Alger, soulignant le caractère non contraignant de l’initiative marocaine.
Contexte gelé, diplomatie active
Le Sahara occidental, ex-colonie espagnole riche en phosphates et au potentiel énergétique non négligeable, est au cœur d’un des derniers conflits de décolonisation non résolus. Depuis 1991, une mission de l’ONU (MINURSO) est censée organiser un référendum d’autodétermination — constamment bloqué. Rabat rejette toute consultation où l’indépendance serait en jeu, tandis que le Front Polisario, soutenu par l’Algérie, continue de réclamer ce droit fondamental.
Le Royaume-Uni, tout en réaffirmant son soutien au processus onusien, adopte désormais une lecture plus favorable aux « réalités sur le terrain ». Ce changement s’inscrit aussi dans une stratégie de renforcement des liens bilatéraux avec le Maroc, dans un contexte post-Brexit où Londres multiplie les partenariats économiques et sécuritaires en Afrique du Nord.
Le soutien explicite du Royaume-Uni au plan d’autonomie marocain marque une nouvelle inflexion dans l’équilibre des forces autour du Sahara occidental. En reconnaissant de facto la primauté de la solution marocaine, Londres se rapproche des positions les plus controversées tout en prétendant renforcer l’initiative onusienne. Une contradiction que les Sahraouis, comme l’Algérie, ne manqueront pas de dénoncer.
La Redaction

