L’organisation African Parks, acteur majeur de la conservation en Afrique, a reconnu des « violations des droits humains » dans le parc national d’Odzala-Kokoua, au nord-ouest de la République du Congo, après des accusations de viols, de torture et d’homicides ciblant ses éco-gardes.
Les faits ont été révélés début 2024 par une série d’enquêtes journalistiques et de rapports associatifs, notamment ceux de Survival International et du Daily Mail, mettant en lumière des violences systématiques infligées à des membres du peuple autochtone baka. Une enquête parallèle menée autour du village de Badekok par le média allemand Tagesschau a relaté des témoignages accablants : actes de torture, viols et agressions physiques présumées.
Face à la gravité des allégations, African Parks a mandaté le cabinet d’avocats Omnia pour conduire une enquête indépendante. Dans un communiqué publié jeudi soir, l’ONG a reconnu que « dans certains cas, des violations des droits humains ont été commises » et a exprimé « de profonds regrets pour la douleur et la souffrance causées aux victimes ».
L’enquête d’Omnia a recensé 21 incidents, certains impliquant plusieurs victimes présumées. Ces affaires concernent des violences sexuelles graves, des traitements assimilables à de la torture, des arrestations arbitraires et des homicides. Toutefois, en accord avec African Parks, le rapport n’a pas publié le détail des conclusions pour l’instant.
L’ONG affirme avoir pris des mesures disciplinaires internes à l’encontre de membres du personnel impliqués, et annonce vouloir « remédier aux défaillances » constatées. Elle reconnaît par ailleurs que sa stratégie de protection environnementale a parfois mené à des dérives, qualifiées de « méthodes paramilitaires » par plusieurs observateurs locaux.
Présente dans 13 pays africains, African Parks gère 22 parcs nationaux sur le continent avec un budget annuel dépassant les 100 millions d’euros. Son financement provient de bailleurs publics tels que l’Union européenne et le gouvernement américain, mais aussi de mécènes privés, comme la chanteuse américaine Taylor Swift.
En 2024, le journaliste néerlandais Olivier van Beemen a publié Au nom de la nature, une enquête documentée accusant African Parks de reproduire des logiques néocoloniales dans ses pratiques de gestion. L’ouvrage décrit des tensions récurrentes avec les communautés locales, souvent privées d’accès à leurs terres ancestrales et à leurs ressources naturelles. L’auteur dénonce un récit de la nature « vierge et sauvage » maintenu à des fins touristiques, au détriment des droits des populations locales.
Parmi les projets emblématiques d’African Parks figure le parc de Zakouma, au Tchad, où l’organisation a réussi à enrayer la disparition des éléphants en déployant des rangers lourdement armés, après des années de massacres orchestrés par des milices régionales.
La Rédaction

