Pour la première fois depuis plus d’une décennie, les autorités libyennes sont parvenues à s’accorder sur un cadre unifié de dépenses publiques. Conclu le 11 avril, cet accord marque une tentative de rapprochement entre les institutions rivales qui se disputent le pouvoir depuis la fragmentation politique du pays en 2013.
Salué par la mission d’appui des Nations unies en Libye (Manul) ainsi que par la Banque centrale, ce compromis intervient après plusieurs mois de négociations impliquant des acteurs libyens des deux camps, avec l’appui de partenaires internationaux.
Une coordination budgétaire inédite entre institutions rivales
L’accord a été formalisé entre des représentants des deux pôles institutionnels concurrents : le Parlement basé à l’Est, à Benghazi, et le Haut Conseil d’État installé à Tripoli. Cette coordination, rare dans le paysage politique libyen, vise à harmoniser la gestion des dépenses publiques à l’échelle nationale.
Pour la Banque centrale, cette convergence constitue un signal positif, susceptible d’améliorer la lisibilité des finances publiques et de renforcer la discipline budgétaire dans un pays où les circuits de dépense sont longtemps restés fragmentés et opaques.
Une médiation internationale en arrière-plan
Ce rapprochement est le résultat de discussions engagées depuis plusieurs mois, notamment sous l’impulsion d’acteurs internationaux. Le rôle d’un conseiller américain impliqué dans les échanges a été salué par les autorités de Tripoli, qui y voient un facteur facilitateur dans un contexte de méfiance persistante entre les différentes parties.
Malgré cette avancée, les autorités reconnaissent que la portée réelle de l’accord dépendra de sa mise en œuvre effective et de la capacité des acteurs à respecter leurs engagements.
Une économie sous pression malgré les revenus pétroliers
Sur le plan économique, la Libye continue de faire face à des déséquilibres importants. En dépit de recettes pétrolières en hausse, la situation budgétaire reste fragile, avec un déficit significatif et une monnaie nationale en perte de valeur.
Cette contradiction met en évidence les limites structurelles de la gouvernance économique du pays, où l’abondance de ressources ne se traduit pas nécessairement par une stabilité macroéconomique.
Un test pour la réunification institutionnelle
Au-delà de l’aspect budgétaire, cet accord est perçu comme un indicateur de la capacité des institutions libyennes à coopérer. Dans un pays toujours divisé entre autorités concurrentes, toute avancée en matière de coordination nationale revêt une dimension politique majeure.
Reste que cet équilibre demeure précaire. Sans mécanismes de suivi solides ni volonté politique durable, cette initiative pourrait rester symbolique dans un paysage institutionnel encore profondément fragmenté.
La Rédaction

