Une enquête révèle une pratique largement répandue et mal comprise
Au Libéria, une enquête menée par FrontPage Africa et New Narratives met en évidence une habitude préoccupante : plus de neuf femmes sur dix interrogées déclarent consommer des antibiotiques chaque mois après leurs menstruations, dans l’idée de « nettoyer » leur organisme.
Cette pratique, jugée scientifiquement infondée par les professionnels de santé, suscite de vives inquiétudes dans le milieu médical, alors que le pays fait déjà face à une progression rapide de la résistance aux antimicrobiens.
Une automédication alimentée par la désinformation et l’accès facile aux médicaments
Les données de l’enquête, menée auprès de 109 femmes dans la région du Montserrado, montrent un recours massif à l’automédication. Dans de nombreux cas, les antibiotiques sont obtenus sans prescription dans des pharmacies locales, notamment le métronidazole, souvent utilisé de manière inappropriée.
Selon les chercheurs, cette situation s’explique par un ensemble de facteurs combinés : faible niveau d’éducation en santé reproductive, idées reçues persistantes sur le cycle menstruel, coûts des consultations médicales et accès limité à des services de santé fiables.
Un risque croissant de résistance aux traitements essentiels
Les professionnels de santé alertent sur les conséquences de cette consommation répétée. L’usage abusif d’antibiotiques contribue à affaiblir leur efficacité contre des maladies pourtant courantes dans le pays, comme la typhoïde, la diarrhée ou certaines infections respiratoires.
Le phénomène alimente une inquiétude plus large : celle d’une résistance bactérienne qui rendrait progressivement inefficaces des traitements essentiels, déjà fragilisés dans plusieurs zones du pays.
Une étude de l’université de Washington évoquait déjà en 2021 plus de 4 000 décès prématurés liés à la résistance aux antimicrobiens, un chiffre qui pourrait avoir augmenté depuis selon plusieurs spécialistes.
Santé reproductive et conséquences potentielles sur la fertilité
Au-delà de la résistance bactérienne, les médecins interrogés soulignent les effets possibles sur la santé des femmes. L’usage régulier d’antibiotiques perturberait l’équilibre du microbiote intestinal et vaginal, influençant des mécanismes hormonaux liés à l’ovulation et à la fertilité.
Certains praticiens estiment que ces déséquilibres pourraient contribuer à des difficultés de conception chez certaines patientes, même si les recherches scientifiques sur le sujet restent en évolution.
Une confusion entretenue jusque dans certains milieux éducatifs et médicaux
L’enquête met également en lumière la persistance de fausses informations sur le cycle menstruel. Certaines femmes interrogées disent avoir appris que les règles seraient liées à une « infection » ou à des « cellules dégradées », renforçant l’idée d’un besoin de purification par antibiotiques.
Plus inquiétant encore, une minorité de participantes affirme avoir reçu ce type de conseils de la part de personnels de santé, révélant des lacunes dans la transmission des connaissances médicales.
Un enjeu de santé publique et d’éducation sanitaire
Face à cette situation, les spécialistes appellent à une réponse urgente combinant éducation sanitaire, encadrement de la vente des médicaments et renforcement du système de santé primaire.
Ils estiment que sans intervention rapide, cette pratique pourrait aggraver une crise déjà critique liée à la résistance antimicrobienne, avec des conséquences durables sur la santé publique au Libéria.
La Rédaction

