La réforme de l’article 27(b) interroge sur une citoyenneté encore réservée aux descendants noirs et sur le choix tardif de l’ancienne présidente
L’ancienne présidente Ellen Johnson Sirleaf a ravivé le débat national sur la citoyenneté libérienne en appelant à la révision de la clause constitutionnelle qui réserve la nationalité exclusivement aux personnes de « descendance négro ». Son intervention, prononcée devant le Parlement, a suscité à la fois enthousiasme et critiques et pose la question : pourquoi n’avoir pas initié cette réforme durant ses deux mandats ?
Un débat constitutionnel ancien remis sur le devant de la scène
L’article 27(b) de la Constitution, en vigueur depuis la fondation du Libéria en 1847, limite la citoyenneté aux descendants d’Africains. Cette disposition remonte à l’époque où des esclaves affranchis venus des États-Unis fondaient la République afin de protéger leur souveraineté et leur autodétermination face aux puissances coloniales européennes.
Pour Sirleaf, cette clause est aujourd’hui obsolète. Elle fragilise l’engagement du pays envers l’égalité et les normes internationales et prive le Libéria d’investisseurs et de professionnels qualifiés qui pourraient contribuer au développement économique. Selon elle, les résidents étrangers établis depuis plusieurs générations, notamment les communautés libanaises et indiennes, sont injustement exclus de la citoyenneté.
Pourquoi maintenant et pas avant ?
L’interrogation est légitime : pourquoi cette proposition n’a-t-elle pas été faite pendant ses mandats ? Les analystes estiment que Sirleaf devait composer avec un équilibre politique fragile. La stabilité du pays, la reconstruction post-conflit, la lutte contre la corruption, et les crises économiques et sanitaires, comme l’épidémie d’Ebola, étaient prioritaires. Toute réforme touchant à l’identité nationale aurait pu provoquer des tensions avec les groupes conservateurs et nationalistes, compromettant son mandat.
Aujourd’hui, libre de ses fonctions, Sirleaf peut plaider cette réforme avec un poids moral et politique accru, sans les contraintes d’un exécutif en exercice. Son intervention apparaît donc stratégique : elle relance un débat sensible, sans risquer de déstabiliser son pays à court terme.
Les enjeux économiques et sociaux de la réforme
La limitation de la citoyenneté entrave l’investissement et le développement. Les experts soulignent que l’octroi de la nationalité aux résidents étrangers de longue date pourrait stimuler la croissance, renforcer les recettes fiscales et favoriser l’intégration des talents. L’inclusion de ces communautés dans la vie civique et économique du Libéria serait un signal fort de modernisation et de respect des droits humains.
Une résistance persistante
Toutefois, la réforme rencontre une opposition notable. Certains Libériens considèrent la clause comme essentielle à l’identité historique de la première république noire d’Afrique et craignent que sa suppression ne dilue le symbole fondateur du pays. D’autres s’inquiètent de l’influence économique que pourraient exercer des investisseurs étrangers désormais éligibles à la citoyenneté.
Une question d’identité nationale et de modernisation
Au-delà de la citoyenneté, Sirleaf a abordé d’autres enjeux nationaux : renouvellement urbain de Monrovia, gouvernance foncière et participation des femmes en politique. La révision de l’article 27(b) n’est donc pas seulement une question juridique, elle touche à l’identité, à l’histoire et à l’avenir du Libéria. La décision du Parlement et, éventuellement, d’un référendum national pourrait redéfinir la citoyenneté et l’égalité dans le pays pour les générations à venir.
La Rédaction

