Lomé, juin 2025 – Le gouvernement togolais vient de franchir une étape décisive dans la réforme de son secteur minier. Le 3 juin 2025, il a officiellement annoncé la suspension temporaire de l’octroi de nouveaux permis miniers aux entreprises étrangères. Cette mesure s’inscrit dans une politique graduelle de reprise en main des ressources naturelles nationales, entamée dès mars 2025.
Une suspension en trois temps
La décision ne tombe pas du ciel. Elle s’inscrit dans un processus entamé le 12 mars 2025, lorsque le ministère des Mines et des Ressources énergétiques a publié un arrêté suspendant la délivrance de toutes les autorisations de prospection et de recherche minière sur le territoire (voir communiqué officiel PDF). Il s’agissait alors de prendre le temps de réévaluer les cadres juridiques et économiques d’un secteur stratégique mais jusque-là sous-valorisé.
Le 23 mai 2025, l’État a renforcé cette orientation, confirmant que cette suspension s’appliquait à toutes les substances minérales, sans exception, dans l’attente de la relecture du Code minier (source officielle). La volonté affichée : rendre le secteur plus transparent, plus équitable et surtout plus bénéfique pour l’économie nationale.
Enfin, le 3 juin 2025, un nouveau cap est franchi : la suspension vise désormais spécifiquement les opérateurs étrangers. L’objectif est clair : ralentir l’octroi de nouveaux permis à des sociétés qui exportent des matières premières brutes sans réelle valeur ajoutée pour le pays.
Le retour de la souveraineté économique
À travers cette suspension, le Togo ne cache pas son ambition : favoriser la transformation locale des ressources minières. Cela signifie encourager la création d’unités industrielles sur place, générer des emplois qualifiés, retenir davantage de valeur sur le territoire et rompre avec un modèle extractiviste hérité de la colonisation et maintenu par la mondialisation.
Le secteur minier, dominé par l’extraction du phosphate, du calcaire, du fer ou encore du marbre, représente une source majeure de devises pour le Togo. Mais jusqu’ici, les retombées économiques pour la population sont restées limitées. En imposant une pause stratégique, Lomé entend désormais reconfigurer les rapports de force dans les contrats miniers, et exiger des engagements clairs en matière de transformation locale, de normes environnementales et de partage des revenus.
Une réforme attendue et surveillée
La relecture du Code minier togolais – en cours depuis plusieurs mois – devrait aboutir à un nouveau texte intégrant ces exigences. Elle prévoit également un cadastre minier numérique, outil de transparence et de gouvernance. Ce changement de paradigme est suivi de près par les investisseurs, les organisations de la société civile et les partenaires techniques du pays.
À l’échelle régionale, le Togo rejoint ainsi d’autres États africains qui cherchent à mieux contrôler l’exploitation de leurs ressources naturelles. Une tendance qui s’amplifie face à la pression internationale sur les métaux rares et la demande croissante en minerais stratégiques.
Le Togo trace donc une nouvelle voie : celle d’un contrôle accru de ses richesses, condition indispensable pour bâtir un développement industriel durable et inclusif. La suspension des permis miniers étrangers n’est pas un simple geste administratif : c’est un signal politique fort, à la croisée des enjeux économiques, environnementaux et géostratégiques.
La Rédaction

