À Lomé, la justice togolaise s’éveille à une conscience nouvelle : celle de l’écoute et de l’humanité face aux victimes de violences basées sur le genre. Une mutation silencieuse, mais profonde, est à l’œuvre dans les tribunaux du pays.
Magistrats, greffiers et officiers de police judiciaire ont récemment entamé une formation intensive sur la prise en charge judiciaire, psychologique et médicale des victimes de violences sexistes. Organisée par le ministère de la Justice, avec l’appui du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), cette initiative s’inscrit dans une politique publique ambitieuse visant à ancrer l’égalité de genre au cœur du système judiciaire togolais.
Une justice qui apprend à écouter
Longtemps, les victimes de violences conjugales, sexuelles ou psychologiques ont affronté un double traumatisme : celui de l’agression, puis celui du silence ou de l’incompréhension institutionnelle. Cette formation vient donc répondre à un impératif nouveau — replacer la victime au centre de la démarche judiciaire.
« La justice ne se limite plus à juger, elle doit aussi comprendre », confie un magistrat participant à la session. L’objectif est clair : permettre aux professionnels du droit d’acquérir une sensibilité accrue à la complexité des parcours de victimes, souvent marqués par la peur, la honte et la défiance envers les institutions.
Un engagement qui dépasse les frontières
En Afrique de l’Ouest, rares sont les États à avoir entrepris une réforme aussi structurée du traitement judiciaire des violences de genre. Si le Sénégal a récemment renforcé son arsenal législatif et que le Bénin a ouvert des centres d’écoute dans plusieurs villes, le Togo, lui, mise sur la formation continue des acteurs de la chaîne pénale.
Cette stratégie, soutenue par des partenaires internationaux, fait du pays un laboratoire de bonnes pratiques régionales. À travers la standardisation des procédures, la collecte de données sensibles au genre et la coordination entre police, parquet et hôpitaux, le Togo trace une voie singulière : celle d’une justice réparatrice et inclusive.
La promesse d’un changement durable
Au-delà de la technique, c’est un changement de culture judiciaire qui s’amorce. Les juges apprennent désormais à conjuguer rigueur et empathie, droit et dignité humaine. Le ministère de la Justice entend poursuivre cette dynamique en intégrant la thématique du genre dans tous les cursus de formation initiale et continue.
Si le chemin reste long — entre tabous persistants, manque de ressources et inégalités structurelles —, le mouvement est enclenché. Dans les salles d’audience, à Lomé comme en région, une autre justice se dessine : plus humaine, plus lucide, et surtout plus proche de celles et ceux qu’elle doit protéger.
La Rédaction

