Au Sénégal, l’alarme est lancée. Arrestations inquiétantes, discours militaires, rapports stratégiques : tous les signaux convergent vers une même conclusion — la menace terroriste se rapproche dangereusement. Les régions frontalières comme Bakel, Saraya ou encore Kolda deviennent les foyers d’une tension latente, à la croisée des insécurités régionales et des fragilités locales.
Un incident révélateur
Le 7 juin, à Médina Gounass, en pleine prière de l’Aïd, les gendarmes ont interpellé un homme armé d’un pistolet automatique. L’individu, Elhadji Amadou Mballo, portait cinq munitions et un chargeur. À défaut de permis de port d’arme, il a invoqué une hypothétique nécessité de défense en cas de « conflit » dans la mosquée. Ce geste, isolé en apparence, révèle toutefois un climat de nervosité généralisée.
Ce fait divers intervient dans un contexte régional tendu : plusieurs attaques jihadistes ont secoué le Mali voisin ces dernières semaines, notamment à Tombouctou et Kayes. Une progression géographique inquiétante qui suscite l’angoisse des populations sénégalaises vivant en bordure de ces zones à risques.
L’alerte d’un général
Le Général Meïssa Sellé Ndiaye, ancien aide de camp du président Macky Sall, a récemment pris la parole lors d’un événement public pour appeler à une vigilance accrue. Il a dénoncé la montée d’un islam « importé » porté par des prédicateurs formés à l’étranger, en rupture avec l’islam confrérique sénégalais. Il a également mis en garde contre des comportements de plus en plus visibles : rejet des rites sociaux, désengagement communautaire, isolement volontaire.
Pire encore, le haut gradé évoque l’existence possible de réseaux terroristes soutenus par des trafiquants de drogue et des groupes criminels spécialisés dans les enlèvements. Des cellules dormantes seraient même déjà présentes dans certaines zones.
Le rapport du Timbuktu Institute
Le Timbuktu Institute, spécialisé dans les dynamiques de sécurité en Afrique de l’Ouest, a récemment publié un rapport préoccupant sur le Sénégal. Il y pointe la porosité des frontières, un facteur majeur de vulnérabilité face à l’expansion du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), actif au Mali et au Burkina Faso. L’infiltration économique est également identifiée comme un vecteur de radicalisation.
Saraya et Bakel : mines d’or et insécurité
À Saraya, une zone aurifère isolée située à plus de 800 km de Dakar, la situation est particulièrement tendue. L’arrivée massive de populations venues du Mali — orpailleurs clandestins, réfugiés, migrants — ajoute à la pression sécuritaire. « Beaucoup ne sont pas identifiés, et l’orpaillage devient un facteur d’insécurité », alerte Fily Cissokho, acteur local. Il déplore l’enclavement de la zone, qui complique les interventions du GARSI, unité spéciale chargée de la surveillance.
À Bakel, à la frontière avec la Mauritanie et le Mali, le constat est similaire. Pour Alhousseyni Cissokho du Forum civil, l’extrême pauvreté et l’isolement des villages sont des terreaux fertiles pour l’endoctrinement. « Les femmes et les enfants sont souvent ciblés pour diffuser des messages extrémistes », souligne-t-il. Certaines localités comme Yafféra ou Ballou abriteraient même des groupes non identifiés, installés à la lisière des communautés.
Vers une sécurité participative
Face à l’ampleur de la menace, les acteurs locaux appellent à un changement d’approche. « Il faut former des observateurs discrets, capables de détecter les comportements suspects », propose Alhousseyni Cissokho. Le renforcement de la sécurité communautaire, dans un esprit de collaboration étroite entre les forces de l’ordre et les populations, apparaît comme une priorité stratégique.
Au Sénégal, le spectre du terrorisme n’est plus une abstraction lointaine. Il frappe aux portes, par les frontières poreuses, les discours radicaux, et les failles sociales. La vigilance devient donc une responsabilité collective, avant que les fissures ne deviennent fractures.
La Rédaction

