En quête de fonds pour sa reconstruction après le passage dévastateur de l’ouragan Maria en 2017, et pour se préparer aux futures catastrophes climatiques, la Dominique a opté pour une stratégie controversée : vendre sa citoyenneté, offrant ainsi un accès privilégié à son passeport. Ce document attire des investisseurs aisés, notamment des entrepreneurs cherchant à voyager plus librement vers des pays occidentaux où les ressortissants de cette petite nation caribéenne bénéficient souvent de régimes sans visa.
200 000 dollars pour une citoyenneté dominicaine
Le prix plancher pour accéder à la citoyenneté de la Dominique est de 200 000 dollars. Ce programme est devenu une source de revenus cruciale pour l’île, située entre la Martinique et la Guadeloupe. L’argent récolté est utilisé pour la reconstruction des infrastructures détruites par l’ouragan Maria et pour anticiper les effets du changement climatique. Ce dispositif a été mis en place alors que les promesses de soutien financier des autres pays après la catastrophe n’ont pas été tenues, comme l’a expliqué Sylvanie Burton, la première présidente kalinago de l’île, à GEO. Confrontée à cette situation, la Dominique a suivi l’exemple de plusieurs voisins comme Antigua-et-Barbuda et Sainte-Lucie, en misant sur un programme d’investissement en échange de la citoyenneté.
Une économie dépendante de la vente de passeports
Aujourd’hui, ce programme représente près de la moitié des recettes budgétaires de la Dominique. Malgré les critiques concernant le manque de transparence et les préoccupations liées aux vérifications des candidats, ce dispositif reste l’unique solution à portée de main pour garantir l’avenir de ce pays insulaire. Avec une population de 72 000 habitants, la Dominique ambitionne de devenir l’un des États les plus résilients face aux aléas climatiques. Comme le souligne Sylvanie Burton, “la question n’est pas de savoir si nous serons frappés par une nouvelle catastrophe, mais quand”. En plus des cyclones fréquents dans cette région de la mer des Caraïbes, l’île est également située en zone sismique avec neuf volcans actifs, aggravant les risques auxquels elle doit faire face.
Le passeport dominicain, un atout stratégique
Plutôt que de s’endetter ou de dépendre d’aides extérieures, la Dominique se tourne vers des investisseurs, souvent originaires de Chine ou du Moyen-Orient, prêts à payer pour obtenir un passeport dominicain. Ce dernier permet un accès simplifié à l’Europe et aux systèmes bancaires mondiaux, un attrait majeur pour les hommes et femmes d’affaires confrontés à des restrictions de visa dans leur pays d’origine. Kristin Surak, professeure à la London School of Economics, rappelle que pour des entrepreneurs de pays comme le Pakistan, la citoyenneté dominicaine facilite grandement les déplacements professionnels en Occident.
Malgré l’augmentation récente du coût d’acquisition de ce passeport, désormais fixé à 200 000 dollars, la Dominique reste l’une des options les plus abordables pour l’achat de citoyenneté. Ce programme génère environ 140 millions de dollars annuels, un chiffre considérable pour un pays dont le produit intérieur brut a été gravement affecté par l’ouragan Maria. Cet afflux de capitaux a permis la construction de plus de 2 000 logements adaptés aux nouvelles normes de résilience climatique.
Des tensions et des critiques sur la scène internationale
Cependant, cette politique n’est pas sans susciter des inquiétudes à l’international. L’Union européenne critique le faible taux de refus des demandes et s’interroge sur la rigueur des contrôles effectués par la Dominique, évoquant des risques pour la sécurité. La Grande-Bretagne a d’ailleurs récemment retiré l’accès sans visa aux détenteurs de passeports dominicains. Sous la pression des États-Unis, la Dominique a été contrainte de durcir les règles de son programme, excluant notamment les ressortissants russes et biélorusses, et s’engageant à rejeter les demandes de candidats déjà recalés ailleurs.
Les critiques viennent aussi de l’intérieur. Des figures de l’opposition comme Lennox Linton et Thomson Fontaine dénoncent un manque de transparence et de contrôle dans la gestion de ce programme. Bien que les fonds issus de la vente de passeports aient été essentiels pour la reconstruction post-ouragan, ils estiment que les revenus sont inférieurs à ce qui pourrait être attendu compte tenu du nombre de passeports délivrés.
Une dépendance risquée pour l’avenir
Le modèle économique de la Dominique, centré sur la vente de citoyenneté, expose le pays à de nouveaux risques. Si le passeport dominicain venait à perdre de son attractivité à la suite de restrictions imposées par l’Union européenne ou d’autres pays, l’économie de l’île en subirait un impact majeur. Le FMI a déjà mis en garde contre les incertitudes pesant sur la viabilité de ces programmes, qui dépendent fortement de l’évolution des politiques internationales.
Ainsi, face à la menace du changement climatique, la Dominique a choisi une voie audacieuse, mais incertaine, pour se financer. Alors que l’île s’efforce de se préparer aux futures catastrophes, elle doit également composer avec les défis posés par une dépendance économique envers un système de vente de passeports qui pourrait, à tout moment, être remis en question.
La Rédaction

