Au cœur de Cape Town, dans le quartier historique de Bo-Kaap, se trouve un manuscrit exceptionnel : le plus ancien Coran conservé en Afrique du Sud. Ce Coran n’est pas seulement un livre sacré ; il est le témoin tangible de la résistance des musulmans face à l’oppression coloniale et de la transmission de la foi à travers les générations. Chaque page raconte l’histoire d’une communauté qui a su préserver son identité religieuse et culturelle malgré l’exil, l’esclavage et la domination étrangère.
Tuan Guru : l’érudit exilé et fondateur de la mosquée Auwal
Abdullah ibn Qadi Abdus Salaam, plus connu sous le nom de Tuan Guru, était un érudit musulman originaire d’Indonésie. Au XVIIIᵉ siècle, il a été exilé au Cap par les autorités coloniales néerlandaises en raison de son engagement contre la domination néerlandaise. Pendant son emprisonnement sur l’île de Robben Island, Tuan Guru a consacré son temps à copier le Coran de mémoire, un acte qui a permis de sauvegarder la connaissance religieuse pour la communauté musulmane locale.
Tuan Guru n’a pas seulement transmis le texte du Coran. Il a enseigné l’islam, assuré la formation religieuse des fidèles et fondé ce qui deviendra la mosquée Auwal, la première mosquée construite en Afrique du Sud en 1794. Ce manuscrit est ainsi intimement lié à son nom et à son œuvre.
Le rôle central de la mosquée Auwal
La mosquée Auwal a été fondée par des esclaves affranchis, dont certains ont fourni le terrain et contribué à la construction. Elle est le lieu où le Coran de Tuan Guru a été conservé, un lieu de transmission religieuse et culturelle depuis plus de deux siècles. La mosquée est également le symbole de la continuité de la foi musulmane dans la région, malgré les obstacles sociaux et politiques imposés par le colonialisme.
La découverte du manuscrit et sa restauration
Dans les années 1980, le Coran a été retrouvé dans un grenier de la mosquée Auwal. Bien que conservé dans un espace poussiéreux et ancien, le manuscrit était en relativement bon état, ce qui témoigne de l’attention portée par la communauté au fil des siècles.
Sous la direction de Maulana Taha Karaan, une équipe de savants locaux a entrepris une restauration complète du manuscrit. Le travail a duré trois ans, comprenant la consolidation des pages, la reliure et la protection contre le feu et le vol. Le Coran est désormais conservé dans un boîtier ignifuge et pare-balles, exposé à l’entrée de la mosquée pour que la communauté et les visiteurs puissent contempler ce trésor historique.
Un symbole de résilience et d’identité
Ce Coran est bien plus qu’un simple manuscrit. Il est un symbole de résilience, représentant la capacité de la communauté musulmane du Cap à préserver sa foi malgré les difficultés. Chaque génération a veillé à sa conservation, soulignant l’importance de la continuité de l’enseignement religieux et de la mémoire historique.
Le manuscrit témoigne également de l’importance de l’éducation et de la transmission culturelle dans la société musulmane sud-africaine. Il rappelle que la foi et le savoir peuvent survivre aux épreuves du temps et de l’adversité.
Le Coran du Cap incarne une histoire de foi, de mémoire et de résistance. Il reste aujourd’hui un témoignage vivant de l’histoire des musulmans en Afrique du Sud, de l’exil de Tuan Guru et de l’importance de la mosquée Auwal comme centre de culture et d’apprentissage. Sa préservation souligne la valeur du patrimoine religieux et culturel, et rappelle que chaque manuscrit ancien est un lien direct avec l’histoire et l’identité d’une communauté.
La Rédaction

