Le sujet des réparations pour les crimes du colonialisme provoque encore aujourd’hui une réaction épidermique parmi ceux qui en ont bénéficié. Pourtant, reconnaître ces réparations n’est qu’une première étape vers une véritable équité. L’histoire de la domination coloniale britannique en est un exemple révélateur.
Peu de gens connaissent la Déclaration de Balfour de 1926, bien moins fameuse que celle de 1917 sur la création d’un foyer national juif en Palestine. Cette déclaration de 1926, tout en posant l’égalité formelle entre la Grande-Bretagne et ses dominions, les liait sous l’allégeance à la Couronne britannique, formant ce qui allait devenir le Commonwealth des Nations en 1949. Mais malgré la suppression du mot “britannique” de son nom, l’allégeance au monarque britannique reste un pilier, présentée comme le “symbole d’une association libre”.
La semaine dernière, lors de la réunion biennale des chefs de gouvernement du Commonwealth à Samoa, cette allégeance a été mise à l’épreuve. Les nations autrefois colonisées ont exigé réparation pour les années d’exploitation et de servitude. Le roi Charles III, héritier d’une famille enrichie par l’esclavage et le colonialisme, a reconnu dans son discours les “aspects douloureux” du passé mais a évité toute mention de réparation, arguant que “personne ne peut changer le passé” et appelant à “apprendre ses leçons”. Le Premier ministre britannique, Keir Starmer, s’est montré plus direct, rejetant l’idée de discussions interminables sur les réparations.
Cependant, les nations anciennement colonisées n’ont pas reculé. Prenant la notion d’égalité bien plus au sérieux que leurs anciens maîtres, elles ont imposé la tenue de pourparlers sur la question, forçant la délégation britannique à se plier à leur demande. Le communiqué final du sommet mentionnait qu’il était temps d’engager “une conversation significative, véridique et respectueuse”. Starmer a tenté de minimiser cette avancée, affirmant qu’il n’était pas question de paiements en argent, mais la porte était désormais entrouverte.
Les colonialistes ont souvent essayé de justifier leur domination en la présentant comme un acte bienveillant, apportant la civilisation aux “sauvages”. Cette vision est mise à mal par la réalité historique, que les Britanniques eux-mêmes ont tenté de dissimuler par des actions comme l’Opération Legacy, un programme officiel visant à détruire ou dissimuler des documents compromettants au moment de l’indépendance des anciennes colonies.
Il est erroné de penser que les réparations concernent uniquement le passé. Elles répondent aux défis présents et futurs, comme l’a souligné Starmer. Elles visent à traiter l’avenir volé, à remédier aux conséquences d’un héritage impérial qui a établi un système de castes global, où les Blancs occupent les positions dominantes et les peuples de couleur restent relégués au bas de l’échelle. Cet ordre continue de saigner les anciennes colonies : l’Afrique, par exemple, reste un créancier net pour le reste du monde.
Néanmoins, même les réparations ne suffiront pas à elles seules. Pour parvenir à une véritable équité, il faudra démanteler l’architecture mondiale actuelle et en construire une nouvelle. Un Commonwealth qui respecterait enfin son idéal d’égalité, sans anciens maîtres au sommet, mais avec des membres réellement égaux en droits et en dignité.
La Rédaction

