Une colère sociale qui dépasse l’économie
Depuis fin décembre 2025, l’Iran traverse une période de tensions intérieures d’une rare intensité. Ce qui avait commencé comme une contestation économique liée à la chute du pouvoir d’achat s’est rapidement transformé en une mobilisation politique. Dans les rues de Téhéran comme dans de nombreuses provinces, la colère des Iraniens dépasse désormais la question économique pour interroger la légitimité du régime des mollahs.
L’effondrement du quotidien comme détonateur
Le rial iranien s’est effondré à un niveau historiquement bas, rendant les produits importés inaccessibles à la majorité de la population. L’inflation, dépassant largement 40 %, a provoqué une flambée des prix des denrées alimentaires et des biens essentiels. À cela s’ajoutent des pénuries d’eau et d’électricité dans de nombreuses régions. La fermeture de commerces à Téhéran a agi comme un signal fort : la société manifeste son exaspération face à un quotidien devenu insoutenable.
Une mobilisation nationale et transversale
La contestation s’est rapidement propagée au-delà de la capitale. Des dizaines de villes sont touchées, impliquant commerçants, étudiants, salariés et jeunes sans emploi. La colère devient ainsi transversale, dépassant clivages sociaux et géographiques. Fait notable, les slogans sont principalement dirigés contre les institutions religieuses et politiques, tandis que les références aux ennemis extérieurs disparaissent presque totalement.
La répression sécuritaire du régime
Pour contenir cette vague, le régime a opté pour la fermeté. Les forces de sécurité et les unités paramilitaires ont procédé à des arrestations massives et à une répression visible. Le bilan humain, encore partiel, fait état d’au moins une quinzaine de morts et de centaines d’interpellations. Le pouvoir considère désormais la mobilisation comme une menace politique directe.
Khamenei entre reconnaissance et avertissement
Le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, est intervenu après plusieurs jours de silence. Tout en reconnaissant les difficultés économiques, il a dénoncé ce qu’il considère comme des troubles orchestrés et a affirmé que les émeutiers doivent être « remis à leur place ». Ce double message illustre la stratégie classique du régime des mollahs : concéder sur le diagnostic social, tout en interdisant toute remise en cause politique.
Des mesures économiques jugées insuffisantes
Les autorités tentent de montrer qu’elles agissent, notamment par la nomination d’un nouveau gouverneur à la banque centrale pour stabiliser le rial et rassurer les marchés. Mais ces mesures apparaissent déconnectées de la réalité quotidienne. Pour beaucoup d’Iraniens, la crise est structurelle et enracinée dans un système incapable de répondre aux aspirations d’une société jeune et éduquée.
Un contexte international tendu
La situation iranienne s’inscrit dans un climat géopolitique fragile. Les déclarations de Donald Trump menaçant une intervention américaine en cas de répression sanglante ont exacerbé les tensions. Le régime les utilise pour dénoncer une ingérence étrangère, mais la contestation reste avant tout dirigée contre ses dirigeants.
Un régime fragilisé mais encore résilient
À ce stade, les piliers du pouvoir tiennent. Aucune fracture majeure n’est visible dans les élites, et les forces de sécurité demeurent loyales. L’histoire récente montre que ces deux éléments ont permis au régime de survivre à de nombreuses crises.
Une rupture durable avec la société iranienne
Pourtant, l’ampleur des manifestations, leur diffusion nationale et leur tonalité politique croissante traduisent une rupture profonde entre le régime et une partie croissante de la société. Les mollahs conservent leurs instruments de contrôle, mais leur légitimité sociale s’érode de manière continue. L’Iran est aujourd’hui dans un entre-deux dangereux : le pouvoir tient encore, mais la rue a changé de ton et de nature. Cette crise pourrait marquer le début d’un face-à-face prolongé entre un régime vieillissant et une société qui ne se reconnaît plus dans son discours ni dans ses promesses.
La Rédaction

