Dans une analyse approfondie des filières mondiales du cacao, du café et du thé, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) détaille les mécanismes qui fragilisent ces secteurs vitaux pour les économies du Sud et préconise une refonte globale de la chaîne de valeur.
L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) vient de publier un rapport consacré à l’économie des principales matières premières agricoles de consommation mondiale. L’institution y dresse un constat préoccupant : la multiplication des événements climatiques extrêmes, combinée à la propagation des maladies des cultures, expose désormais les filières mondiales du café, du cacao et du thé à une instabilité chronique.
L’analyse de la FAO : les limites d’un marché fortement concentré
Pour les experts de la FAO, cette vulnérabilité s’explique d’abord par la forte concentration géographique de la production mondiale. Une grande partie de l’offre repose sur un nombre très limité de pays producteurs, ce qui amplifie les conséquences des chocs climatiques, politiques ou logistiques.
| Matière première | Principaux pays producteurs | Part estimée de l’offre mondiale |
| Cacao | Côte d’Ivoire et Ghana | Plus de 66 % |
| Café | Brésil et Vietnam | Environ 50 % |
| Thé | Chine | Plus de 50 % |
Cette concentration signifie que toute perturbation majeure dans l’un de ces pays peut provoquer des répercussions immédiates sur les marchés internationaux.
La FAO souligne également que, si les fondamentaux de l’offre et de la demande expliquent l’essentiel de l’évolution des prix à court terme, la volatilité est accentuée par les marchés financiers. Les anticipations des opérateurs réagissent rapidement aux prévisions météorologiques, entraînant parfois des fluctuations importantes avant même que les récoltes ne soient réellement affectées.
L’organisation attire aussi l’attention sur la dimension logistique du problème. La séparation géographique entre les grandes zones de production, principalement situées dans l’hémisphère Sud, et les principaux marchés de consommation rend les prix particulièrement sensibles aux perturbations du transport maritime et à l’évolution des coûts énergétiques.
Les producteurs restent les plus exposés
Le rapport met en évidence une répartition très inégale des risques tout au long de la chaîne de valeur.
Selon la FAO, les petits producteurs supportent directement les conséquences des baisses de prix lorsque les récoltes sont abondantes. En revanche, lorsque les cours internationaux augmentent, une grande partie de la valeur supplémentaire est captée par les négociants, les transformateurs et les distributeurs, tandis que les revenus agricoles progressent beaucoup plus lentement.
Cette instabilité entraîne des conséquences économiques et sociales importantes dans les pays producteurs. Les revenus agricoles deviennent plus incertains, limitant l’accès des exploitants aux intrants agricoles et aux produits alimentaires. Cette volatilité favorise également l’endettement des ménages ruraux et fragilise les finances publiques de nombreux États dont les exportations agricoles constituent une source essentielle de devises.
La stratégie proposée par la FAO
Face à ces vulnérabilités, la FAO appelle à une transformation en profondeur des filières agricoles internationales.
L’organisation estime que l’adaptation au changement climatique doit devenir une priorité, grâce au développement de systèmes de production plus résilients. Elle recommande notamment le renforcement des pratiques agroforestières, l’amélioration des variétés cultivées afin de mieux résister aux sécheresses et aux maladies, ainsi que le développement de mécanismes d’assurance contre les risques climatiques.
La FAO plaide également pour une meilleure transparence des marchés. Une diffusion plus complète des données relatives aux récoltes, aux niveaux de stocks et aux flux commerciaux permettrait, selon elle, de limiter les mouvements spéculatifs qui accentuent la volatilité des prix.
Enfin, l’agence des Nations unies encourage les pays producteurs à développer davantage la transformation locale de leurs matières premières. Le broyage du cacao, la torréfaction du café, le conditionnement du thé et la valorisation des produits à travers des certifications d’origine ou de commerce équitable constituent, selon elle, des leviers essentiels pour accroître la valeur ajoutée conservée dans les économies productrices.
Au-delà de la seule stabilité des marchés, la FAO estime que cette évolution est indispensable pour renforcer la résilience économique des millions de familles qui dépendent directement de ces cultures de rente.
La Rédaction

