Au Japon, où la crémation est la norme — pratiquée par plus de 99,9 % de la population —, la communauté musulmane, bien que minoritaire, se heurte à une difficulté majeure : l’absence de cimetières adaptés à ses rites funéraires. En effet, l’islam interdit la crémation et exige que les défunts soient enterrés dans les 24 heures suivant le décès. Cette situation engendre des défis logistiques, émotionnels et administratifs pour les musulmans vivant au Japon.
Un besoin religieux fondamental
Pour les musulmans, l’enterrement rapide est une obligation religieuse. Le Dr Tahir Abbas Khan, professeur à l’Université Ritsumeikan Asia Pacific de Beppu et président de l’Association musulmane de Beppu, souligne l’importance de cette pratique : « Les derniers sacrements sont la dernière chose que l’on puisse faire à une personne. Si je ne parviens pas à donner un enterrement digne à un membre de ma famille ou à un ami, je ne pourrai pas mener une vie normale. »
Des obstacles administratifs persistants
Malgré les efforts de la communauté musulmane, la création de cimetières adaptés rencontre une forte opposition locale. En 2020, l’Association musulmane de Beppu a acquis un terrain de 8 000 mètres carrés dans la ville de Hiji, préfecture d’Ōita, pour y établir un cimetière. Cependant, le projet a été confronté à des résistances de la part des résidents locaux, alimentées par des préoccupations liées à la santé publique et à des préjugés culturels.
Cette situation met en lumière les tensions entre les traditions japonaises profondément ancrées et les besoins d’une société de plus en plus diversifiée.
Une minorité face à une majorité
Avec environ 350 000 musulmans au Japon, leur nombre reste faible par rapport à la population totale de plus de 120 millions d’habitants. Pourtant, l’absence de cimetières adaptés oblige de nombreuses familles à transporter les corps de leurs défunts sur de longues distances, parfois sur plusieurs centaines de kilomètres, pour respecter les rites funéraires islamiques.
Vers une reconnaissance des droits religieux
Cette situation soulève des questions sur la reconnaissance des droits religieux des minorités au Japon. Alors que le pays prône la “coexistence multiculturelle”, la réalité sur le terrain révèle des défis importants pour les communautés musulmanes, notamment en matière de pratiques funéraires.
La Rédaction
Sources pour approfondir le sujet
• “In Japan, a Muslim community’s ‘straightforward request’ to bury its dead stirs hostility” – South China Morning Post, 2025.
• “Plan for Muslim cemetery faces opposition in Japan” – News On Japan, 2020.
• “Where to Bury the Dead? A Pressing Dilemma for a Diversifying Japan” – Nippon.com, 2025.
• “To Bury or Not to Bury: Muslim Migrants and the Politics of Funerary Rights in Contemporary Japan” – Asia-Pacific Journal: Japan Focus, 2023.
• “Japan’s Growing Muslim Population Faces Burial Challenges Amid Cremation Norms” – Anadolu Agency, 2025.

