Une maison en terre peut être restaurée. Mais que se passe-t-il lorsque les pluies changent, que les sols se dégradent, que certaines essences végétales se raréfient et que les matériaux nécessaires à sa reconstruction deviennent plus difficiles à trouver ? Au Koutammakou, le changement climatique pose désormais une question qui dépasse la conservation des Sikien : celle de la transmission d’un paysage culturel dont l’architecture, les pratiques et l’environnement ont toujours évolué ensemble.
À Nadoba, le rapport d’évaluation des risques climatiques et des stratégies d’adaptation du Koutammakou a été présenté le 10 août dans le cadre d’un projet consacré à la résilience de ce patrimoine transfrontalier partagé entre le Togo et le Bénin.
L’objectif est d’intégrer davantage le risque climatique aux plans de gestion du site et de mettre en place un suivi permettant d’identifier plus tôt les dégradations susceptibles d’affecter son équilibre.
Les Sikien dépendent aussi de leur environnement
Les habitations traditionnelles batammariba sont construites en terre crue et avec des matériaux directement liés à leur environnement. Leur préservation ne peut donc être dissociée de l’état des sols, de la végétation, du régime des pluies ou de la disponibilité des ressources utilisées pour les entretenir.
Les variations de température et de précipitations, les épisodes de sécheresse et la raréfaction de certains matériaux peuvent ainsi fragiliser simultanément les bâtiments et les savoir-faire nécessaires à leur réparation.
Selon les données présentées à Nadoba, 1 928 Sikien sont concernés côté togolais et 2 277 au Bénin.
Le défi ne consiste donc pas seulement à intervenir après une dégradation. Il s’agit d’anticiper les transformations de l’environnement susceptibles de rendre, à terme, certaines techniques traditionnelles plus difficiles à maintenir.
Préserver plus qu’une architecture
Classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, le Koutammakou est reconnu comme un paysage culturel vivant. Les Sikien, les terres cultivées, les lieux rituels, la végétation et l’organisation sociale y forment un ensemble indissociable.
Cette particularité change la manière de penser sa conservation. Restaurer une maison sans préserver les ressources qui permettent de la reconstruire ne garantit pas la transmission du patrimoine. De la même manière, protéger les bâtiments tout en laissant disparaître les pratiques qui leur donnent sens reviendrait à conserver une forme en perdant progressivement sa substance.
Le projet soutenu par la Fondation ALIPH et porté par l’ONG Corps des volontaires béninois doit également renforcer la coopération entre les acteurs togolais et béninois, le Koutammakou dépassant désormais les frontières administratives des deux pays.
Face au changement climatique, cette coopération devient essentielle. Car la préservation du Koutammakou ne se jouera pas seulement dans la capacité à réparer ce qui s’abîme, mais dans celle à maintenir les conditions écologiques, humaines et culturelles qui permettent encore aux Batammariba de transmettre leur manière d’habiter le territoire.
La Rédaction

