Appelés « enfants du péché », pas assez blanches ou pas assez noires, nés de relations entre des soldats britanniques et des femmes locales durant les années de présence militaire britannique, le Kenya, avec ses paysages majestueux et son histoire coloniale complexe, abrite une génération d’enfants métis à la recherche de leur père biologique. Aujourd’hui, Kelvin Kubai, avocat kenyan, mène un combat juridique pour confronter les autorités britanniques aux centaines de cas signalés au fil des ans et permettre à ces enfants d’obtenir des réponses sur leur identité et un soutien.
Confrontés à de centaines de cas d’injustices auxquelles ces enfants sont confrontés, Me Kelvin Kubai, en collaboration avec un cabinet d’avocats britannique a pour objectif de conduire certains de ces enfants en Grande-Bretagne et d’initier des actions en justice, en espérant obtenir la citoyenneté britannique pour ceux qui remplissent les critères. Selon la loi britannique, les enfants nés de citoyens britanniques peuvent prétendre à la citoyenneté britannique et à la prise en charge de leurs deux parents s’ils ont moins de 18 ans.
Margaret Wandia, une mère kenyane, raconte l’histoire de son fils, Louise Gitonga, qui a grandi en étant rejeté par la société à cause de sa peau plus claire. Louise, âgé de 26 ans, fait aujourd’hui partie de l’initiative qui vise à emmener des enfants métis, comme lui, en Grande-Bretagne pour confronter l’armée britannique sur ses actions passées et obtenir la reconnaissance de leurs pères. Wandia, alors jeune femme travaillant dans un bar, a eu une brève relation avec un soldat britannique, la laissant avec un enfant métis. Malgré les difficultés liées à l’éducation de son fils, notamment la discrimination dans la campagne kenyane, elle lutte pour que Louise puisse recevoir les droits qu’il mérite, notamment une aide financière pour ses études. « Je suis différente des autres (ses frères et sœurs). Mon beau-père, qui m’a élevé, est noir. J’ai une crise d’identité qui m’a conduit à l’alcoolisme. Partout où je passe, les gens m’appellent un homme blanc. D’autres me traitent d’albinos. Ces noms me causent beaucoup de douleur et de souffrance. J’aimerais savoir qui est mon vrai père et pourquoi il m’a abandonné à la lutte. » Explique Louise Gitonga.
4 600 dollars ont été collecté jusqu’à présent, par Me Kubai pour effectuer des tests ADN afin de retrouver les pères des enfants. « Ce que nous portons devant le tribunal britannique, ce n’est pas la question du viol, mais celle de ces enfants qui se retrouvent prisonniers d’une identité qu’ils n’ont pas choisie pour eux-mêmes », explique Me Kubai.
En 2021, la question des enfants métis issus des soldats britanniques est devenue un enjeu majeur, notamment avec la révélation de plusieurs cas où des militaires ont laissé derrière eux des enfants sans soutien. Bien que ces relations aient été parfois consensuelles, elles ont parfois aussi eu des aspects transactionnels ou non consensuels, alimentant des préoccupations liées aux droits de ces enfants.
L’objectif de cette quête juridique est non seulement de retrouver les pères des enfants, mais aussi d’obtenir la reconnaissance de ces enfants dans les registres officiels britanniques. Le gouvernement britannique, face à la persistance des demandes, pourrait être amené à mener une enquête sur les militaires ayant servi au Kenya, dans un contexte où la relation entre les troupes britanniques et les femmes locales reste un sujet sensible.
La Rédaction
Kenya. Les enfants métis à la recherche de leurs pères
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