Dans la préfecture de Dankpen, la prévention des infections sexuellement transmissibles et des grossesses non planifiées investit aussi les espaces de rassemblement communautaire. En s’appuyant sur la fête traditionnelle D’Pontre/N’nidak, des professionnels de santé ont choisi de porter les messages de santé sexuelle au plus près des jeunes et des adolescents, là où les comportements se construisent et où les risques peuvent également survenir.
Parler de santé sexuelle ne consiste pas uniquement à rendre des services disponibles dans les formations sanitaires. Encore faut-il que les personnes les plus exposées connaissent ces services, puissent identifier les situations à risque et disposent suffisamment tôt d’une information fiable pour prendre leurs décisions.
À Dankpen, dans la région de la Kara, cette logique conduit les acteurs de la santé reproductive à investir des lieux moins conventionnels. La fête D’Pontre/N’nidak, qui rassemble largement les communautés autour de la tradition de l’igname, a ainsi servi de point d’entrée pour aborder avec jeunes, adolescents et responsables communautaires des sujets parfois difficiles à faire émerger dans les cadres ordinaires.
Faire de la prévention avant la prise en charge
L’approche défendue par la Société des gynécologues et obstétriciens du Togo (SGOT) repose sur une idée simple : intervenir avant que l’infection, la grossesse non planifiée ou leurs complications ne conduisent à une prise en charge médicale.
Les échanges ont ainsi porté sur les moyens de prévention des infections sexuellement transmissibles, les grossesses non désirées et l’accès aux services de santé sexuelle et reproductive. La question de l’avortement à risque apparaît en aval de cette chaîne : lorsqu’une grossesse non planifiée survient et que l’accès à une prise en charge appropriée fait défaut, certaines femmes ou adolescentes peuvent se tourner vers des pratiques clandestines susceptibles d’entraîner de graves complications.
Cette intervention relève du projet PPAS, soutenu par la Fédération internationale de gynécologie et d’obstétrique (FIGO). Elle intervient également à l’approche de la Journée internationale pour l’avortement sécurisé, observée le 28 septembre.
Les leaders communautaires comme relais
À Dankpen, le choix d’associer les responsables communautaires n’est pas secondaire. Dans le domaine de la santé reproductive, l’information médicale circule dans un environnement où interviennent aussi normes sociales, rapports familiaux, représentations de la sexualité et capacité des jeunes à parler de leurs préoccupations.
Les leaders locaux peuvent dès lors jouer un rôle de relais entre les messages portés par les professionnels et les communautés. Ils ont notamment été encouragés à favoriser la prévention et à mieux faire connaître les services existants.
Le recours à des animations culturelles et à des séquences interactives répond à la même logique. Il permet de déplacer un sujet généralement traité dans un cadre médical vers un espace collectif où le public peut être atteint autrement.
Pour Kagnon Liwalmon, chargé du projet à la SGOT, les périodes festives justifient une vigilance particulière face aux comportements susceptibles d’accroître l’exposition aux IST ou aux grossesses non planifiées. L’objectif n’est donc pas de présenter la fête comme un risque en elle-même, mais de profiter d’une forte concentration de population pour renforcer la prévention.
À Dankpen, l’expérience pose finalement une question qui dépasse D’Pontre/N’nidak : comment rapprocher la santé sexuelle de ceux qui fréquentent encore peu les services qui lui sont consacrés ? En allant vers les jeunes dans leurs espaces de vie et en associant les relais communautaires, la prévention cherche précisément à intervenir avant que le risque ne devienne une urgence médicale ou sociale.
La Rédaction

