Le président américain a ordonné la suspension de tous les programmes d’aide étrangère des États-Unis, y compris ceux de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), premier pourvoyeur d’aide à l’échelle mondiale, actif dans 158 pays. Prévue pour une durée de 90 jours, cette mesure, depuis son entrée en vigueur, sème le chaos et la panique dans plusieurs régions du monde, notamment en Ukraine et en Afrique. Le Togo, bien que moins dépendant que des pays comme l’Éthiopie, le Nigeria ou ceux du Sahel, subit néanmoins les effets de cette décision.
Un impact limité mais réel
Classé 38ᵉ parmi les pays africains bénéficiaires de l’aide américaine en termes de décaissements et 29ᵉ en termes d’engagements, le Togo reçoit des financements plus modestes que l’Éthiopie, le Soudan du Sud, le Nigeria, l’Ouganda, le Kenya ou la RDC, qui perçoivent entre 200 millions et 1 milliard de dollars par an. Néanmoins, l’USAID a significativement augmenté son soutien au Togo ces dernières années. En 2023, l’agence avait alloué 10 millions de dollars au pays, un montant qui a grimpé à 28 millions de dollars en 2024, selon les données partielles.
Des secteurs clés menacés
Santé : un recul après 20 ans de progrès ?
L’un des principaux bénéficiaires des financements américains est le secteur de la santé. À travers le President’s Emergency Plan for AIDS Relief (PEPFAR), le Togo a reçu 9,2 millions de dollars en 2023 et 6,2 millions en 2024 pour garantir l’accès aux antirétroviraux à plus de 300 000 patients et maintenir les services VIH pour 46 000 personnes, notamment durant la pandémie de COVID-19. De plus, en 2023, l’Initiative présidentielle contre le paludisme (PMI) a débloqué 12 millions de dollars pour lancer son premier programme au Togo. Une interruption prolongée de ces financements pourrait compromettre deux décennies de lutte contre le VIH/SIDA et le paludisme dans le pays.
Éducation et alimentation scolaire : des milliers d’enfants en danger
L’arrêt des financements américains risque également d’aggraver les inégalités dans le domaine de l’éducation, notamment dans les zones rurales. En 2023, le programme McGovern-Dole, mis en œuvre par Catholic Relief Services (CRS), a permis au Togo de recevoir 33 millions de dollars pour assurer un repas quotidien à des milliers d’écoliers. La suspension de ces fonds menace directement ces enfants et pourrait ralentir les efforts du gouvernement en matière de scolarisation.
Sécurité : une coopération militaire fragilisée
Avec la montée de l’instabilité dans le nord du pays, les États-Unis soutenaient la formation des forces de sécurité togolaises et le renforcement de la surveillance des frontières face aux menaces djihadistes venues du Sahel. En 2023, 591 000 dollars avaient été alloués à ces initiatives. L’arrêt des financements pourrait affaiblir la coopération militaire entre Lomé et Washington, dans un contexte sécuritaire déjà tendu.
Des ONG en difficulté
Plusieurs ONG opérant au Togo et dépendant en partie des financements de l’USAID voient leur avenir incertain. Des organisations comme la Fédération Togolaise des Personnes Handicapées (FETAPH), Ti-Mondo ou encore WANEP-TOGO risquent de voir leurs budgets réduits, mettant en péril leurs actions sociales et humanitaires.
Quelles alternatives pour le Togo ?
Alors que ces financements représentaient une part importante du soutien aux initiatives sociales, il est encore impossible de dire si la suspension de 90 jours sera suivie d’une reprise ou d’une réduction définitive des budgets alloués. À ce stade, plusieurs secteurs, dont la santé, l’éducation et la gouvernance, restent en suspens.
Toutefois, les États-Unis ne figurent pas parmi les quatre principaux bailleurs du Togo. La question se pose alors : qui prendra le relais ? La France, l’Allemagne, la Banque mondiale et le Fonds mondial pourraient être amenés à jouer un rôle plus important pour combler les pertes et éviter une crise humanitaire.
La Rédaction

