Une voix isolée à la Cour internationale de justice
Julia Sebutinde, magistrate ougandaise et première femme africaine élue à la Cour internationale de justice (CIJ), s’est imposée comme l’une des figures les plus controversées du dossier opposant l’Afrique du Sud à Israël pour des accusations de génocide à Gaza. En janvier 2024, alors que la Cour ordonnait à Israël de prendre des mesures préventives pour protéger la population civile palestinienne, elle fut la seule juge – aux côtés de l’Israélien Aharon Barak – à s’y opposer systématiquement.
Dans son opinion dissidente, elle affirmait qu’« il n’existe aucun indice d’une intention génocidaire de la part d’Israël, même au stade prima facie », soulignant au contraire les efforts de l’État hébreu pour avertir les civils et faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire.
Le désaveu de Kampala
Son positionnement a immédiatement provoqué un séisme diplomatique en Ouganda. Le ministère des Affaires étrangères de Kampala s’est empressé de clarifier que le vote de Mme Sebutinde ne reflète en rien la position officielle du pays. L’Ouganda a d’ailleurs réaffirmé son soutien à la Palestine et appelé à un cessez-le-feu immédiat.
Des propos religieux qui font scandale
La polémique a pris une tournure plus explosive encore en août 2025, lorsque Julia Sebutinde a tenu des propos à caractère messianique dans une église de Kampala. Elle y a déclaré :
« Le Seigneur compte sur moi pour me tenir du côté d’Israël »
et a exhorté les fidèles à suivre Israël car il est « du bon côté de l’Histoire ».
Ces déclarations ont déclenché un tollé. Plusieurs ONG et universitaires ont demandé sa démission, estimant qu’un juge de la CIJ doit faire preuve d’une impartialité absolue, loin de toute justification religieuse.
Accusations de plagiat
La magistrate fait face à une autre controverse : en janvier 2025, une enquête a révélé que près d’un tiers de son opinion dissidente sur l’occupation israélienne aurait été copié mot pour mot de publications pro-israéliennes, notamment d’un article de l’Institut Hudson. Le chercheur Norman Finkelstein a chiffré ce plagiat à 32 % du texte.
Entre droit et convictions personnelles
Pour ses partisans, Julia Sebutinde a incarné une lecture strictement juridique de l’affaire, rappelant que la CIJ ne doit pas se transformer en instrument politique. Pour ses détracteurs, elle a au contraire franchi la ligne rouge, en substituant à l’analyse de droit international une vision religieuse et idéologique, au mépris de la neutralité attendue d’un juge de la plus haute juridiction mondiale.
Une figure fragilisée
Entre accusations de partialité, désaveu de son gouvernement et soupçons de plagiat, Julia Sebutinde apparaît aujourd’hui affaiblie. Son cas illustre les tensions croissantes qui traversent la CIJ : comment concilier le droit international, les rapports de force géopolitiques et les convictions personnelles des juges ?
La Rédaction

