À la veille de nouvelles négociations nucléaires entre les États-Unis et l’Iran prévues à Oman, Benjamin Netanyahu agite une vieille menace. Le Premier ministre israélien a appelé à appliquer à la République islamique le « modèle libyen », une référence directe au démantèlement complet du programme nucléaire de Mouammar Kadhafi en 2003. Derrière cette proposition, c’est toute une lecture stratégique et polémique de la sécurité au Moyen-Orient qui refait surface.
Le précédent libyen : un avertissement autant qu’un modèle
Lorsque Kadhafi accepte de renoncer à son programme d’armes de destruction massive en échange d’une réintégration diplomatique, l’Occident applaudit. Mais huit ans plus tard, le régime libyen s’effondre sous les frappes de l’OTAN. Pour beaucoup d’analystes, cet épisode a vacciné des régimes comme celui de Téhéran contre toute idée de désarmement complet : livrer ses installations, c’est ouvrir la voie à sa propre chute. Le « modèle libyen » est ainsi devenu un repoussoir pour les États récalcitrants aux injonctions occidentales, bien plus qu’un scénario de désescalade.
Israël joue la ligne dure
En réactivant cette référence, Netanyahu ne cherche pas seulement à envoyer un signal à l’Iran, mais aussi à Washington. Alors que l’administration américaine s’apprête à retourner à la table des négociations, Israël affiche sa méfiance vis-à-vis d’un accord qui ne prévoirait pas un démantèlement total et irréversible du programme nucléaire iranien. Derrière cette posture, il y a la conviction que toute concession à Téhéran serait exploitée pour renforcer ses capacités militaires et son influence régionale, notamment via ses proxies au Liban, en Syrie et au Yémen.
L’Iran, bien plus qu’un cas libyen
Mais l’Iran d’aujourd’hui n’est pas la Libye d’hier. Fort d’une industrie nucléaire bien plus avancée, d’alliances stratégiques avec la Russie et la Chine, et d’un appareil sécuritaire profondément enraciné, le régime iranien n’envisage pas de répéter le scénario de Tripoli. Exiger son désarmement complet reviendrait à torpiller les pourparlers avant même leur ouverture. À Oman, les discussions s’annoncent déjà tendues : d’un côté, l’Iran exige une levée des sanctions et des garanties ; de l’autre, les États-Unis, sous pression israélienne, devront éviter l’écueil d’un accord jugé trop permissif.
Une manœuvre à double tranchant
En agitant le spectre du « modèle libyen », Netanyahu joue une carte risquée. Car si cette posture de fermeté séduit une partie de l’opinion israélienne et des faucons américains, elle pourrait aussi pousser l’Iran à durcir sa position. À l’heure où le Moyen-Orient traverse une phase de grande instabilité de Gaza à la mer Rouge tout blocage diplomatique pourrait faire basculer la région dans une nouvelle spirale de confrontation.
La Rédaction

