Meta serre la vis
Récemment, le groupe californien a annoncé une action en justice contre Joy Timeline HK Limited, éditeur de CrushAI, une application permettant de générer, à partir de simples photos, des images de personnes nues sans leur consentement. Une pratique scandaleuse devenue virale, qui transforme l’intelligence artificielle en vecteur d’agressions numériques.
CrushAI appartient à la catégorie croissante des applications dites nudify, capables de déshabiller virtuellement n’importe qui : célébrités, anonymes, adolescents. Et si la technologie fascine, elle inquiète bien davantage. Pour Meta, ce n’est plus seulement une question éthique : les plateformes du groupe, de Facebook à Instagram, ont été envahies par des publicités faisant la promotion de ces outils, en contradiction totale avec les règles internes de sécurité et de respect de la vie privée.
Une réaction tardive mais saluée
Meta n’a pas agi spontanément. En février déjà, le sénateur démocrate Dick Durbin sonnait l’alarme, en interpellant Mark Zuckerberg sur la prolifération de ces contenus toxiques. En avril, c’était Applequi nettoyait discrètement son App Store, mais uniquement après une enquête de la BBC qui révélait l’ampleur du phénomène.
Face à la pression, Meta semble aujourd’hui décider à réagir. Outre les poursuites engagées contre CrushAI, l’entreprise prévoit de nouveaux outils pour détecter automatiquement les publicités liées à ce type d’applications. Une réponse attendue, mais qui intervient alors que les dégâts sont déjà profonds.
Un Far West numérique
Car pendant que Meta prépare sa riposte, d’autres géants du numérique brillent par leur silence. TikTok, par exemple, n’a pris aucune mesure concrète. Pire encore, la plateforme X (ex-Twitter), par le biais de son IA Grok, permet désormais de déshabiller virtuellement des femmes à partir de simples selfies postés en ligne. Une dérive brutale qui banalise le viol numérique et étale, au vu de tous, une technologie profondément toxique.
L’urgence d’un encadrement
Cette affaire illustre à quel point les avancées de l’IA, mal régulées, peuvent devenir des armes d’humiliation massive. Derrière des interfaces ludiques ou l’excuse du divertissement, se cachent des violences bien réelles : violation de l’image, chantage, dépression, et parfois, suicide.
Les associations féministes tirent la sonnette d’alarme depuis longtemps. Mais ce n’est que sous la pression politique ou médiatique que les géants technologiques semblent se mobiliser.
Reste à voir si Meta fera réellement jurisprudence — ou si cette réaction ne sera qu’un feu de paille.
La Rédaction

