Une opération coordonnée par Interpol dans 12 pays ouest-africains révèle un vaste réseau de trafic de véhicules volés, aux ramifications criminelles et terroristes.
L’Afrique de l’Ouest devient, à son insu, une plaque tournante du trafic de voitures volées. L’opération « Safe Wheels », menée par Interpol avec la participation de 12 pays de la région, vient de mettre à jour un circuit transnational inquiétant. Près de 150 véhicules volés ont été identifiés, dont plus de 75 saisis, selon les données publiées par l’organisation internationale de police criminelle.
Parmi les pays impliqués : le Bénin, le Burkina Faso, le Cap-Vert, la Côte d’Ivoire, la Gambie, le Ghana, la Guinée-Bissau, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Nigeria et le Togo. Cette mobilisation inédite vise à démanteler un système structuré, dans lequel des véhicules dérobés en Europe et en Amérique du Nord finissent leur course entre les mains de réseaux criminels opérant en Afrique.
Des Toyota, Peugeot et Honda venues d’Europe et du Canada
Grâce à l’analyse croisée des bases de données nationales et de la plateforme SMV d’Interpol, les enquêteurs ont pu établir l’origine des véhicules. La majorité d’entre eux provient du Canada, de la France, de l’Allemagne et des Pays-Bas. Ils sont principalement de marques Toyota, Peugeot et Honda, des modèles prisés sur les marchés africains pour leur robustesse et leur accessibilité en pièces détachées.
Les itinéraires empruntés par ces véhicules illustrent la sophistication des réseaux : un mix de routes maritimes et terrestres, maîtrisées depuis des années par les trafiquants.
Monnaie d’échange pour la drogue et le terrorisme
Mais au-delà du simple vol, le lien établi entre ce trafic et d’autres formes de criminalité inquiète. Interpol souligne que ces véhicules volés sont souvent utilisés comme monnaies d’échange dans des trafics de drogue ou d’armes. Ils permettent également de financer des entités terroristes actives dans la région sahélienne.
David Caunter, directeur de la criminalité organisée et émergente à Interpol, a rappelé que « la base de données SMV est l’outil le plus puissant dont nous disposons pour suivre les véhicules volés et identifier les criminels impliqués ». En 2024, près de 270 000 véhicules volés y ont été enregistrés, preuve de l’ampleur mondiale du phénomène.
18 enquêtes ouvertes, deux réseaux identifiés
L’opération Safe Wheels ne s’arrête pas aux chiffres. Elle a déjà conduit à 18 enquêtes criminelles ouvertes et à l’identification de deux groupes criminels organisés actifs en Afrique de l’Ouest. Ces avancées laissent entrevoir un démantèlement progressif des filières de ce trafic aussi lucratif que dangereux.
L’initiative souligne surtout l’urgence d’une coopération policière internationale renforcée, seule capable d’endiguer une criminalité transnationale qui fragilise les États, alimente les conflits et compromet la sécurité régionale.
La Rédaction

