Entre le Togo et le Ghana, le poste frontalier juxtaposé de Noépé-Akanu concentre une partie des ambitions de la CEDEAO : rendre les frontières moins contraignantes sans renoncer aux contrôles. Réunis récemment sur place, administrations, commerçants et acteurs communautaires ont confronté les mécanismes régionaux à une réalité persistante : sur l’axe Abidjan-Lagos, circuler librement reste parfois plus simple dans les textes que sur le terrain.
Le corridor Abidjan-Lagos traverse cinq pays — Côte d’Ivoire, Ghana, Togo, Bénin et Nigeria — et constitue l’un des principaux axes de circulation et d’échanges en Afrique de l’Ouest. Son efficacité dépend pourtant largement de ce qui se passe à chaque frontière.
À Noépé-Akanu, la Commission de la CEDEAO a donc choisi de placer les difficultés quotidiennes au centre d’un dialogue régional : délais administratifs, tracasseries, méconnaissance des droits ou encore vulnérabilité particulière des femmes et des jeunes engagés dans le commerce transfrontalier.
Quand les instruments régionaux rencontrent la frontière
La libre circulation est inscrite dans le projet communautaire depuis le Protocole de 1979. D’autres mécanismes sont venus compléter cette architecture, notamment le Tarif extérieur commun et le Schéma de libéralisation des échanges. Mais leur existence ne suffit pas toujours à rendre le passage d’un pays à l’autre aussi fluide qu’attendu.
Les discussions de Noépé-Akanu ont ainsi porté sur des outils très concrets : la Carte nationale d’identité biométrique de la CEDEAO (ENBIC), le système de transit SIGMAT et les postes frontières juxtaposés. Leur déploiement doit permettre de simplifier certaines procédures, de sécuriser les déplacements et de réduire les temps de passage.
La CEDEAO reconnaît elle-même la marge de progression. « Nous devons donc nous améliorer », a déclaré Kalilou Sylla, commissaire chargé des Affaires économiques et de l’Agriculture.
Transformer les engagements en pratiques
À l’issue des échanges, une feuille de route opérationnelle a été esquissée. Elle prévoit notamment une meilleure coordination des acteurs et une attention renforcée aux difficultés rencontrées par les femmes et les jeunes commerçants.
L’enjeu dépasse cependant Noépé-Akanu. Comme l’a souligné la vice-présidente de la Commission de la CEDEAO, Damtien Tchintchibidja, la fluidité du corridor Abidjan-Lagos participe directement au rapprochement des économies et des populations de la région.
C’est précisément ce qui fait du poste togolo-ghanéen un terrain d’expérimentation important. Si l’intégration ouest-africaine se construit dans les traités, sa réussite se mesure aussi à quelque chose de beaucoup plus quotidien : la facilité avec laquelle une personne ou une marchandise peut franchir une frontière.
La Rédaction

