Un tricycle électrique, un pesticide naturel destiné au cacao, des biocarburants issus de déchets ou encore un vélo à assistance électrique conçu en bambou local : les laboratoires et innovateurs togolais ne manquent pas de solutions. Le problème commence souvent après. Comment transformer un prototype fonctionnel en produit fabriqué, financé, vendu et adopté par une entreprise ? Deux jours après la clôture des travaux consacrés à la valorisation de la recherche, c’est cette frontière entre invention et marché qui apparaît comme le véritable chantier.
Le Togo dispose de plusieurs centres et instituts de recherche ainsi que de plus d’une cinquantaine d’équipes, laboratoires et structures universitaires accrédités. Pourtant, une partie des résultats produits peine encore à franchir les portes du monde académique pour rejoindre les chaînes de production.
Les 15 et 16 septembre à Lomé, quelque 80 chercheurs, innovateurs, responsables publics et représentants du secteur privé ont travaillé sur cette faiblesse. Mais derrière la rencontre institutionnelle se dessine une question beaucoup plus économique : qui prend le relais lorsqu’une invention a démontré son intérêt scientifique, mais n’est pas encore prête pour le marché ?
Entre l’invention et l’entreprise, une zone à haut risque
C’est souvent dans cet intervalle que les projets se fragilisent. Après la recherche viennent encore les essais, l’amélioration du prototype, la protection de la propriété intellectuelle, la certification, la recherche de financement, l’industrialisation puis l’accès aux premiers clients.
Autant d’étapes qui exigent des compétences et des capitaux rarement réunis dans un laboratoire.
Les solutions présentées lors des échanges de Lomé illustrent pourtant un potentiel très concret : engrais organiques, formulations pharmaceutiques, technologies de mobilité électrique, valorisation énergétique des déchets ou solutions agricoles. Des rencontres entre chercheurs et entreprises ont d’ailleurs été organisées dans plusieurs secteurs, notamment l’agroalimentaire, la santé, l’énergie et le numérique.
L’enjeu n’est donc plus uniquement de financer la recherche en amont. Il faut aussi construire le passage à l’échelle, là où une innovation cesse d’être une démonstration technique pour devenir une activité économiquement viable.
Faire entrer l’entreprise plus tôt dans le laboratoire
Une autre évolution se dessine : rapprocher les chercheurs des besoins réels du tissu productif avant même que les travaux soient achevés.
Pour une PME confrontée à un problème de conservation alimentaire, de rendement agricole, d’énergie ou de procédé industriel, l’université peut devenir un partenaire de recherche et développement. Inversement, le chercheur dispose alors d’un problème économique clairement identifié, d’un utilisateur potentiel et, parfois, d’un premier débouché.
Cette relation reste encore insuffisamment structurée. Les discussions de Lomé ont notamment porté sur les contrats de licence, le transfert de technologies, les partenariats public-privé et la création de start-up issues de la recherche. Une plateforme permanente reliant secteur scientifique et entreprises est également envisagée.
Le terrain n’est pas totalement vierge. La CCI-Togo avait déjà créé en 2024 une unité destinée à rapprocher inventeurs et investisseurs, avec 48 innovations identifiées pour une éventuelle valorisation commerciale ou un transfert de technologie.
La création d’entreprises comme véritable indicateur
Une expérience antérieure donne une première indication de ce que cette politique peut produire. Le programme VaRRIWA a permis, selon les données présentées cette semaine, de sensibiliser 375 acteurs, mais surtout de faire émerger 25 entreprises et 322 emplois autour de la valorisation de la recherche et de l’innovation.
C’est probablement là que devra se déplacer la mesure de la performance. Le nombre de publications scientifiques reste essentiel pour la connaissance ; il ne dit cependant pas combien de technologies ont été adoptées par des entreprises, combien de licences ont été conclues, combien de start-up ont survécu ou combien d’emplois ont été créés.
Pour le Togo, le prochain cap n’est donc pas simplement de produire davantage d’innovations, mais d’empêcher qu’elles s’arrêtent au prototype. Entre le laboratoire et l’usine se trouve désormais la partie la plus difficile du parcours : transformer une bonne idée en entreprise, en marché et, finalement, en valeur créée dans l’économie nationale.
La Rédaction

