À l’heure du développement des zones économiques spéciales, l’accès à l’électricité s’impose comme le principal déterminant de l’attractivité industrielle
À mesure que le Togo accélère sa stratégie d’industrialisation, une contrainte structurelle s’impose avec acuité : celle de l’énergie. Derrière les ambitions de développement des zones économiques spéciales, c’est toute la question de la disponibilité et de la fiabilité de l’électricité qui conditionne désormais la crédibilité du modèle.
Intervenant lors de la présentation du premier rapport sur le risque pays du Togo, le ministre de l’Économie et de la Veille stratégique, Badanam Patoki, a posé les termes du débat : sans sécurité énergétique, l’attractivité économique reste fragile.
Une stratégie industrielle adossée à des incitations ciblées
Les zones économiques spéciales, pilier de la politique industrielle, reposent sur des régimes incitatifs conçus pour capter à la fois l’investissement local et les flux de capitaux étrangers. Allègements fiscaux, dispositifs d’accompagnement et cadre réglementaire spécifique composent cet arsenal destiné à positionner le Togo dans la compétition régionale.
Dans cette logique, les autorités ont engagé une transformation institutionnelle majeure avec la mutation de la Société d’administration de la zone franche (SAZOF) en Agence de promotion des investissements (API). Cette évolution vise à renforcer la sécurité juridique et à accompagner la transition vers des zones industrielles intégrées, capables de répondre aux standards internationaux.
L’électricité, variable décisive de l’attractivité
Mais cette architecture reste tributaire d’un facteur clé : l’énergie. Le ministre le reconnaît sans détour : les insuffisances de l’offre, notamment en milieu rural, constituent un défi majeur.
L’objectif affiché est clair : atteindre l’accès universel à l’électricité à l’horizon 2030. Une ambition qui suppose une montée en puissance rapide des capacités de production et une extension significative du réseau.
Accélération des investissements énergétiques
À court terme, le gouvernement vise une progression du taux d’accès à l’électricité, de 76 % en 2025 à 80 % dès 2026. Pour y parvenir, plusieurs leviers sont mobilisés.
Le Fonds Tinga, dédié à l’accès à l’énergie pour les ménages vulnérables, poursuit son déploiement, tandis que les mini-réseaux solaires se multiplient dans les zones non connectées. Parallèlement, l’État intensifie ses investissements dans la production nationale afin de réduire une dépendance extérieure encore marquée.
La montée en puissance du solaire illustre cette orientation. La capacité de la centrale photovoltaïque nationale, passée de 50 à 70 MWc, doit atteindre prochainement 100 MWc. Sur le terrain, les résultats sont déjà visibles : plus de 180 000 ménages ont été équipés de kits solaires entre 2024 et 2025, avec plus de 100 000 bénéficiaires supplémentaires attendus cette année.
L’énergie au cœur des usages productifs
L’effort ne se limite pas à l’électrification domestique. Le gouvernement entend également soutenir les usages productifs de l’énergie, notamment dans l’agriculture et l’accès à l’eau.
Le nombre de systèmes de pompage solaire pour l’irrigation devrait ainsi plus que tripler en un an, passant de 40 à 133 installations. De même, plusieurs centaines de systèmes solaires dédiés aux mini-adductions d’eau potable sont programmés, afin de renforcer l’accès à l’eau dans les zones rurales.
Ces infrastructures, autonomes et adaptées aux contextes locaux, participent à la fois à la sécurité alimentaire, à la résilience climatique et à l’amélioration des conditions de vie.
Une équation énergétique déterminante
Au-delà des chiffres, une réalité s’impose : l’énergie constitue désormais le socle de la transformation économique du Togo. Entre industrialisation, inclusion territoriale et compétitivité, la capacité du pays à sécuriser son approvisionnement électrique sera déterminante dans les années à venir.
La Rédaction

