En Inde, une figure sociologique bien particulière, surnommée le “tonton”, continue de dominer les sphères familiales, sociales et politiques. Ce personnage incarne un patriarcat qui impose une vision figée du monde, s’appuyant sur son privilège d’âge pour asseoir son autorité.
Le syndrome du “moi-moi-moi”
Le terme “tonton”, souvent employé avec ironie, désigne ces hommes d’un certain âge qui s’accrochent à leurs certitudes et s’opposent farouchement au changement. L’expression “syndrome du moi-moi-moi” résume bien leur attitude : un mélange de condescendance et de conviction qu’aucune décision, privée ou professionnelle, ne peut se prendre sans leur aval.
Un ami, âgé de 47 ans, raconte à ce propos : “On devient un tonton quand on commence à rejeter les idées neuves et qu’on nourrit une aversion pour tout ce qui est nouveau.” Cette mentalité finit par évoluer en colère, jusqu’à voir la jeune génération comme incompétente ou inutile, une réaction qu’il attribue à un sentiment d’autorité autoproclamée lié à l’âge et à l’expérience.
Une vision étriquée et machiste
Le tonton à l’indienne ne se limite pas à des idées rétrogrades : il porte aussi les stigmates d’un patriarcat ancré. Un exemple éloquent est le choix du film Laapataa Ladies pour représenter l’Inde aux Oscars 2025. Dans son communiqué, le comité de sélection, exclusivement masculin, décrivait les femmes indiennes comme “un mélange subtil de soumission et de domination”. Une phrase révélatrice d’un paternalisme décomplexé.
Cette mentalité s’illustre aussi dans des déclarations politiques et économiques. Par exemple, un dirigeant du BJP a publiquement insulté la ministre en chef du Bengale-Occidental, Mamata Banerjee, en insinuant qu’elle devrait “identifier son vrai père”. De même, Narayana Murthy, cofondateur d’Infosys, a exhorté la jeunesse indienne à travailler 70 heures par semaine pour soutenir l’économie, justifiant sa position par ses propres semaines de travail de 90 heures avant sa retraite.
Les “tontons” et l’ordre moral
La journaliste Faye D’Souza a popularisé le terme “tonton” lors d’une conférence en 2020, soulignant son caractère politique. Ces hommes, souvent issus de la classe moyenne et proches de la retraite, se réfugient dans le conservatisme par peur de remettre en question l’ordre établi. Ils rechignent à critiquer ouvertement le pouvoir, préférant éviter les débats qui pourraient perturber leur confort.
Depuis la pandémie, ce comportement semble s’être renforcé. Les cercles familiaux, marqués par un repli sur eux-mêmes, tolèrent davantage les “tontons”, préférant le silence à la confrontation. “Je me contente de lever les yeux au ciel lors des discussions et d’éviter les commentaires inutiles”, confie D’Souza.
Un miroir pour la société indienne
Le phénomène du “tonton” ne se limite pas à des anecdotes ou à des clichés culturels. Il reflète une société tiraillée entre un désir de changement porté par les nouvelles générations et une résistance acharnée de ceux qui s’accrochent au passé. Ces figures, bien qu’irritantes, offrent une opportunité : celle de questionner les normes patriarcales et les structures figées qu’elles incarnent, pour construire une Inde plus ouverte et inclusive.
La Rédaction

