Le fossé entre la Hongrie et ses alliés de l’OTAN ne cesse de s’élargir, en particulier face à l’attitude ambiguë de Budapest vis-à-vis de la Russie. Cette situation a pris un nouveau tournant mercredi, lorsque les représentants hongrois ont refusé de participer à une réunion réunissant les ambassadeurs et conseillers militaires des pays membres de l’OTAN à Budapest. L’objectif de cette rencontre était de discuter de la politique hongroise visant à renforcer ses liens avec la Russie et la Chine.
David Pressman, ambassadeur des États-Unis à Budapest, a exprimé son inquiétude après la réunion : « Le fait même qu’une discussion sur la politique de ‘neutralité’ d’un allié soit nécessaire en dit long ». Pendant que la Hongrie boudait la réunion, le ministre hongrois des Affaires étrangères, Péter Szijjártó, s’apprêtait à participer à une conférence en Biélorussie aux côtés de son homologue russe, Sergueï Lavrov, et du ministre syrien des Affaires étrangères, Bassam Sabbagh.
Malgré ses 25 ans d’appartenance à l’OTAN, le Premier ministre hongrois Viktor Orbán pousse l’idée d’une « neutralité économique », prônant un équilibre entre les relations avec l’Est et l’Ouest. « Nous devons préserver nos relations à l’est comme à l’ouest », a-t-il déclaré dans une interview radio récente.
Une alliance de plus en plus fragile
La posture de Budapest crée des tensions majeures au sein de l’OTAN et de l’Union européenne, notamment à un moment où l’Occident tente de soutenir l’Ukraine et de sanctionner la Russie pour sa guerre d’agression. La Hongrie bloque des initiatives clés de l’UE, telles que le remboursement des pays pour leurs livraisons d’armes à l’Ukraine et l’utilisation des actifs gelés russes pour financer Kyiv.
Viktor Orbán a récemment trouvé un allié en la personne de Robert Fico, Premier ministre slovaque, également membre de l’OTAN. Fico, dans une interview avec une propagandiste russe, a annoncé son intention de se rendre à Moscou pour célébrer le 80e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale et de rencontrer Vladimir Poutine.
Orbán s’est aussi rendu à Moscou en juillet, malgré le mandat d’arrêt émis par la Cour pénale internationale contre Poutine pour crimes de guerre, suscitant l’indignation au sein de l’UE. Ce geste a été perçu comme un affront, d’autant que la Hongrie assure actuellement la présidence tournante du Conseil de l’UE.
Une influence de l’est qui s’accroît
Orbán a également manifesté son soutien à la majorité politique pro-russe en Géorgie, en visite à Tbilissi, malgré les critiques de plusieurs pays européens. Le Premier ministre suédois, Ulf Kristersson, a critiqué sévèrement Orbán : « Il ne parle pas au nom des pays européens, il ne parle pas pour la Suède. Peut-être parle-t-il pour la Russie, mais certainement pas pour nous. »
L’ambassadeur Pressman a souligné que cette politique de « neutralité économique » et les dépendances croissantes de la Hongrie envers la Russie et la Chine ont des implications sécuritaires pour les intérêts des États-Unis et de l’OTAN.
Une position ambivalente
Même si la Hongrie reste active dans certaines missions de l’OTAN, comme celles au Kosovo, et accueille un important commandement de l’OTAN sur son territoire, son positionnement politique la rend imprévisible. Camille Grand, ancien secrétaire général adjoint de l’OTAN, a déclaré : « Chaque allié a un accès complet aux documents de l’OTAN, y compris les secrets. Mais si un allié montre une certaine sympathie pour la Russie, la capacité de partager des informations devient problématique. Nous n’en sommes pas encore là. »
En 1999, lorsque la Hongrie a rejoint l’OTAN aux côtés de la Pologne et de la République tchèque, l’ombre de l’influence soviétique était encore vive. Ironiquement, c’est Orbán lui-même qui avait signé l’adhésion de la Hongrie, dénonçant alors la dépendance envers Moscou. Aujourd’hui, son jeu avec l’Est remet en question cet engagement historique.
La Rédaction

