Une enquête récente lève le voile sur un scandale mondial lié aux dérives de l’adoption internationale. Elle révèle le parcours de personnes adoptées en Europe après avoir été enlevées illégalement à leurs familles biologiques dans des pays comme le Chili, le Sri Lanka, la Corée du Sud, et plusieurs pays africains.
L’histoire de Johanna Lamboley, adoptée à cinq ans par un couple français, est particulièrement marquante. Longtemps convaincue d’avoir été abandonnée par sa mère biologique, elle découvre, bien des années plus tard, que son histoire s’inscrit dans une vaste série de vols d’enfants survenus dans les années 1980. La mention d’un lieu précis, l’hôtel Montecarlo de Santiago, figurant à la fois dans un article et sur son passeport d’origine, l’incite à entreprendre des recherches. Grâce aux réseaux sociaux et à un travail minutieux, Johanna finit par retrouver sa mère biologique, trente-cinq ans après leur séparation.
Cette enquête met en lumière des pratiques choquantes et bien orchestrées : documents falsifiés, médecins et religieuses complices, et États complices, laissant ce marché lucratif prospérer au détriment des droits des enfants et de leurs familles.
Des « fermes à bébés », des pressions et des complicités
Les révélations sont troublantes. En Corée du Sud, des mères célibataires ont été poussées à abandonner leurs enfants sous la pression sociale. Au Chili, sous la dictature de Pinochet, des enfants ont été retirés de force à leurs parents pour répondre à la demande d’adoption croissante. Au Sri Lanka, des « fermes à bébés » ont été découvertes, où des jeunes femmes étaient séquestrées et contraintes à des grossesses, leurs enfants ensuite vendus comme de simples marchandises. En Afrique, des pratiques similaires sont dénoncées, où des réseaux exploitent la pauvreté et les failles administratives pour arracher des enfants à leurs familles, contournant les réglementations d’adoption.
Les victimes réclament justice et reconnaissance
Alternant témoignages poignants et analyses d’experts – historien, ancien ambassadeur et expert des Nations Unies – l’enquête expose les responsabilités partagées entre les pays d’origine, où des dérives graves se sont produites, et les pays d’accueil, qui ont souvent fermé les yeux sous la pression des adoptants. Les personnes adoptées, aujourd’hui adultes, réclament réparation et justice pour les injustices qu’elles ont subies.
Un rapport attendu sur des pratiques contestées
En novembre 2022, les ministères français des Affaires étrangères, de la Justice et des Solidarités et de la Famille ont commandé une mission d’inspection pour évaluer ces dérives dans l’adoption internationale. Après des mois d’attente, le rapport a finalement été remis en mars 2023, révélant un système peu régulé, longtemps sujet aux abus. Ce rapport met en lumière l’urgence d’une réforme pour garantir que les droits des enfants et de leurs familles biologiques ne soient plus jamais sacrifiés.
Un nécessaire éveil des consciences
Cette enquête rappelle avec force que l’adoption, bien que chargée d’espoir, peut aussi masquer un marché brutal, exploité par des réseaux profitant des plus vulnérables. Alors que des centaines de personnes cherchent encore la vérité sur leurs origines, ce scandale impose de repenser profondément le système d’adoption internationale. Seules des régulations strictes et une coopération mondiale permettront de mettre fin à ce commerce d’enfants et de redonner à l’adoption son véritable sens, celui de la bienveillance et du respect des droits de l’enfant.
La Rédaction

