En Haïti, la lutte contre les gangs s’engage dans une nouvelle phase internationale, marquée par une mobilisation financière déjà supérieure aux projections initiales. Mais derrière l’élan diplomatique, la réalité du terrain rappelle l’ampleur d’un désordre sécuritaire profondément enraciné.
Autorisé fin septembre par le Conseil de sécurité des Nations unies, le dispositif doit progressivement déployer jusqu’à 5 500 militaires et policiers afin de soutenir les forces haïtiennes dans la reconquête de territoires contrôlés par les groupes armés.
Une mobilisation financière qui dépasse les attentes
Selon le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH), plus de 200 millions de dollars ont déjà été promis par 13 États membres du Conseil de sécurité, dont environ 59 millions effectivement débloqués. Parmi les contributeurs majeurs figure le Qatar, avec une participation annoncée de 30 millions de dollars.
Cette dynamique financière est présentée par les Nations unies comme un signal politique fort, traduisant une volonté de réengagement international face à l’effondrement sécuritaire haïtien.
Une mission appelée à remplacer un dispositif en échec
La nouvelle force doit succéder à une mission précédente déployée avec le soutien de l’Organisation des Nations unies et conduite par des contingents kenyans, dont l’efficacité est restée limitée faute de moyens suffisants et d’effectifs adaptés.
Cette fois, les Nations unies misent sur une structure renforcée, combinant forces policières et militaires, avec déjà la présence de contingents tchadiens à Port-au-Prince.
Pour les responsables onusiens, il s’agit moins d’une simple opération de maintien de l’ordre que d’une tentative de stabilisation d’un État en recomposition.
Une violence toujours hors de contrôle
Sur le terrain, les indicateurs restent alarmants. Entre décembre et février, plus de 2 400 personnes ont été tuées selon les estimations de l’ONU, tandis que plus de 1,45 million d’habitants ont été déplacés par les violences.
Le pays figure désormais parmi les plus touchés au monde par la criminalité armée, avec un taux d’homicides estimé à 76 pour 100 000 habitants. Une situation qui illustre l’ampleur de la fragmentation territoriale opérée par les groupes armés.
Un tournant encore hypothétique
Pour les autorités haïtiennes, cette nouvelle force internationale représente un possible point d’inflexion. L’espoir affiché est clair : restaurer un minimum de sécurité afin de permettre la tenue d’élections et la reprise du fonctionnement institutionnel.
Mais cet objectif reste conditionné à une réalité plus brutale : la capacité effective à reprendre le contrôle des zones dominées par les gangs, dans un environnement où l’État reste structurellement affaibli.
Entre soutien international accru et instabilité persistante, Haïti reste suspendu à une équation encore loin d’être résolue : transformer une mobilisation financière en puissance opérationnelle durable.
La Rédaction

