Un plan électoral ambitieux malgré la montée de l’insécurité à Port-au-Prince et dans le pays
Haïti s’apprête à organiser ses premières élections générales depuis plus de dix ans, mais la violence des gangs menace de compromettre le processus. Le chef par intérim de la police nationale haïtienne, André Jonas Vladimir Paraison, a indiqué vendredi à l’Associated Press que les autorités mettaient au point un plan pour assurer la tenue sécurisée des élections prévues cette année, conformément aux engagements du gouvernement.
« Nous sommes en première ligne lorsque la situation dégénère, afin de contenir ce qui peut l’être et de nettoyer ce qui doit l’être, pour permettre à Haïti de retrouver un quotidien normal », a déclaré M. Paraison. Le gouvernement a confirmé son objectif d’organiser un premier tour fin août, suivi d’un second tour début décembre.
Le Conseil électoral provisoire a annoncé l’ouverture des inscriptions pour les partis politiques et leurs candidats du 2 au 12 mars. L’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021 a plongé le pays dans une crise sécuritaire durable, avec une expansion rapide des territoires contrôlés par les gangs. Aujourd’hui, environ 90 % de Port-au-Prince est sous leur influence, et des régions entières du centre du pays sont également concernées.
La violence a forcé la fermeture de milliers d’entreprises et de centaines d’écoles. Selon l’ONU, près de 5 900 personnes ont été tuées et plus de 2 700 blessées l’année dernière dans ce pays de presque 12 millions d’habitants. Un record de 1,4 million de personnes ont été déplacées en raison de l’insécurité.
Pour faire face à cette crise, M. Paraison souhaite renforcer les effectifs policiers. Il a récemment supervisé la remise de diplômes à près de 900 cadets, tout en reconnaissant que ce nombre reste insuffisant. La police haïtienne compte moins de deux agents pour 1 000 habitants, un chiffre bien en deçà des standards internationaux.
Malgré ces contraintes, des opérations récentes ont permis de reprendre le contrôle de zones stratégiques, comme Carrefour-Aéroport. Les affrontements avec les gangs lourdement armés sont fréquents et les armes utilisées proviennent principalement de l’étranger, notamment des États-Unis. Des fusils de précision et des mitrailleuses sophistiquées circuleraient clandestinement sur le territoire.
La police nationale travaille avec une mission de l’ONU dirigée par la police kenyane, confrontée à des limitations de fonds et de personnel. Une force haïtienne de répression des gangs est prévue dans les prochains mois pour prendre le relais et renforcer la sécurité en vue des élections.
La Rédaction

